traîné sur le bitume

Genre : policier, polar (interdit aux - 12 ans)
Année : 2018
Durée : 2h39

Synopsis : Deux policiers sont suspendus pour usage abusif de la force après une arrestation musclée. A court d’argent, ces deux représentants de l’ordre basculent de l’autre côté de la loi pour s’arroger une compensation. Ils prennent en filature de dangereux braqueurs de banque afin de s’emparer de leur futur butin.  

La critique :

Selon le site Wikipédia, "le buddy movie ou buddy film (littéralement, « film de copains » ou « film de potes » en français) est un genre cinématographique qui consiste à placer dans l'intrigue principale d'un film deux héros (ou quelquefois plus de deux) très différents. En français, on parle, selon les cas, de « duo de choc », de « binôme de flics » ou encore de « film à tandem ». Souvent aux antipodes l'un de l'autre, les deux héros doivent travailler ensemble, ce qui provoque entre eux des problèmes de communication ; malgré tout, après des débuts souvent compliqués, ils finiront par s'entendre et s'apprécier" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Buddy_movie).
Certes, le buddy movie va devenir l'un des principaux leitmotivs du polar à l'américaine, mais ce registre cinématographique connaît déjà ses tous premiers balbutiements à travers la comédie française.

Ainsi, des films tels que La Traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956), Un Singe En Hiver (Henri Verneuil, 1962), Le Corniaud (Gérard Oury, 1965) et La Grande Vadrouille (Gérard Oury, 1966) mettent déjà en exergue des duos atypiques et antinomiques. Mais c'est sans doute le film 48 Heures (Walter Hill, 1982) qui lance les inimitiés en coalisant un petit voyou issu de la communauté Afro-Américaine (Eddie Murphy) à un flic "blanc" (Nick Nolte). Tout oppose ses deux individus en dissidence. Toutefois, le public extatique raffole de ce genre de tandem antagoniste. De surcroît, leurs multiples pérégrinations vont amener les deux comparses à lutiner et à partager une certaine déférence, voire une amicalité qui dépasse la petite amitié de circonstance.
Les thuriféraires de buddy movies n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que Double Détente (Walter Hill, 1988), Midnight Run (Martin Brest, 1988), Tango et Cash (Andreï Kontchalovski et Albert Magnoli, 1989), La Relève (Clint Eastwood, 1989), ou encore Bad Boys (Michael Bay, 1995) parmi les métrages notoires et éventuellement notables.

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Dans cette liste de références proéminentes, il sied également de notifier L'Arme Fatale (Richard Donner, 1987), un autre buddy movie qui va se transmuter en une franchise lucrative et mercantiliste. Dans ce polar, mâtiné de comédie, Mel Gibson et Danny Glover forment un duo atypique. C'est même le principal leitmotiv (en général...) du buddy movie. A l'époque, le comédien, Mel Gibson, est au faîte de sa gloire. Découvert dans Mad Max (George Miller, 1979), l'acteur a rapidement accédé au statut de star voluptuaire, que ce soit dans ses contrées australiennes et plus généralement du côté de l'Oncle Sam. Impression corroborée par une filmographie exhaustive et éclectique, dans laquelle on pourra notamment évoquer Mad Max 2 (George Miller, 1981), L'année de tous les dangers (Peter Weir, 1982), Le Bounty (Roger Donaldson, 1984), Tequila Sunrise (Robert Towne, 1988), L'Arme Fatale 2 (Richard Donner, 1989), Comme un oiseau sur la branche (John Badham, 1990), Air America (Roger Spottiswoode, 1990), ou encore L'Arme Fatale 3 (Richard Donner, 1992).

Puis, vers le milieu des années 1990, Mel Gibson décide de passer derrière la caméra et d'enfiler les oripeaux de cinéaste via L'homme sans visage (1993), un drame dans lequel il tient aussi le rôle principal. Si la presse salue ce premier effort, le film ne laisse pas non plus un souvenir impérissable. Le comédien, affublé des frusques de metteur en scène, affichera de nouvelles présomptions matoises avec Braveheart (1995), un second long-métrage qui reçoit des avis mitigés. Mel Gibson franchira encore un palier supplémentaire dans l'indécence avec La Passion du Christ (2004), un film qui provoque les foudres et les quolibets. Pis, le long-métrage est même taxé d'être antisémite.
Depuis presque une décennie maintenant, l'acteur, réalisateur pour l'occasion, traîne laborieusement ses guêtres dans le cinéma.

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On l'a même vu poindre dans Expendables 3 (Patrick Hughes, 2014), laissant les critiques et les spectateurs pantois. On pensait le comédien perclus et enlisé dans une fin de carrière aux abonnés absents, un peu à l'instar de toutes ces stars chenues et désormais vacillantes. Il est donc surprenant de retrouver l'acteur parmi le casting de Traîné sur le Bitume, soit Dragged Across Concrete, et réalisé par la diligence de S. Craig Zahler en 2018. A la fois romancier, novelliste, scénariste, directeur de la photographie, compositeur et musicien, S. Craig Zahler ne compte que trois films à son actifs (Traîné sur le Bitume, y compris). Mes ses réalisations antérieures, Bone Tomahawk (2015) et Section 99 (2017) lui ont déjà permis d'accéder au rang d'honnête artisan de la série B.
En outre, S. Craig Zahler n'a jamais caché sa dilection ni son effervescence pour le cinéma de Quentin Tarantino, mais surtout pour la violence essaimée par Sam Peckinpah en son temps, notamment pour Les Chiens de Paille (1971) et La Horde Sauvage (1969).

En raison de son statut de série B, Traîné sur le Bitume ne connaîtra pas les faveurs ni les ferveurs d'une exploitation dans les salles obscures, tout du moins dans nos contrées hexagonales. Le film écumera alors les festivals et s'octroie le "Prix sang neuf" lors de sa présentation lors du festival international du film policier de Beaune en 2019 (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tra%C3%AEn%C3%A9_sur_le_bitume). Cette fois-ci, point de polémique, le long-métrage est unanimement adoubé et encensé par les critiques dithyrambiques. Reste à savoir si Dragged Across Concrete mérite - ou non - de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique...
Hormis Mel Gibson, la distribution du film se compose de Vince Vaughn, Torry Kittles, Michael Jai White, Jennifer Carpenter, Laurie Holden, Fred Melamed, Udo Kier, Thomas Kretschmann et Don Johnson.

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Attention, SPOILERS ! Deux policiers, le vieux briscard Brett Ridgeman et son partenaire plus jeune Anthony Lurasetti, sont dénoncés pour leurs méthodes douteuses lorsqu'une vidéo est publiée par les médias. Les deux hommes sont donc suspendus. Sans ressources financières, ils décident de basculer dans la criminalité pour s'arroger une compensation. Ils prennent en filature de dangereux braqueurs de banque afin de s’emparer de leur futur butin. Mais ils vont être rapidement dépassés par ce qui les attend. A l'aune de cette exégèse, on comprend mieux pourquoi Traîné dans le Bitume réactive la virulence - encore béante - de Pulp Fiction et de Reservoir Dogs.
Toutefois, par son atmosphère poisseuse et son côté misanthrope, Dragged Across Concrete rappelle davantage ces westerns tonitruants.

On en revient toujours et encore à La Horde Sauvage. Oui, Dragged Across Concrete fonctionne comme un buddy movie en coalisant deux flics à la dérive. Les deux acolytes en déveine ont abandonné leur insigne étoilé pour s'adonner à leur tour aux déprédations, aux braquages et à la criminalité. Vous pouvez donc aisément phagocyter le didactisme égrillard de L'Arme Fatale au profit d'un polar brut et sans concession. Aux yeux de Zahler, rien n'a changé depuis les premières heures du western américain, à la seule différence que l'on ne chevauche plus de fidèles destriers. La filature, les concussions et les règlements de compte se déroulent dans de vrombissantes automobiles.
Mais le didactisme reste peu ou prou analogique. C'est (encore et) toujours la loi du plus fort qui harangue et prédomine.

Derrière cette façade en dissonance, S. Craig Zahler semonce et égratigne cette Amérique atone, celle qui vit recluse dans un appartement lambda, celle qui qui tente de sauver une matriarche en sévère sénescence, ou encore cette adulescente régulièrement rudoyée par ses propres pairs. Personne ne pourra réparer ces injustices, ainsi que ce flot d'incivilités. Il faudra donc se contenter de maigres subsides et d'une vie de farnientes. Terrible constat... A moins de verser - un jour ou l'autre - de l'autre côté du miroir et accepter sa condition de résidus de déchets humains... Dans le cinéma de Zahler, il n'y a ni bons ni méchants, si ce n'est des individus emportés par une colère assourdissante, celle qui consiste à commettre cette ultime forfaiture. On comprend mieux alors les concerts et les pluies de louanges autour de Dragged Across Concrete, un polar qui réactive cette noirceur abyssale. 
On tient donc là un vrai bon film, dans lequel le tandem Mel Gibson/Vince Vaughn retrouve une certaine grâce et luminescence.

 

Note : 15/20

sparklehorse2 Alice In Oliver