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Genre : Thriller, policier, giallo (interdit aux - 12 ans)

Année : 1971

Durée : 1h30

 

Synopsis :

Un homme meurt dans une explosion d'avion. Sa femme touche une grosse police d'assurance. Bientôt suspectée d'être à l'origine du décès de son époux, elle est surveillée par un détective de l'assurance, aidé par une journaliste. La femme est elle-même très vite assassinée.

 

La critique :

Vous attendiez ce moment avec impatience, j'en suis sûr. Encore un autre giallo faisant son entrée dans les colonnes éparses de Cinéma Choc ! Le plus douloureux à réaliser étant que ce n'est pas près de se finir. Oh que non, loin de là, mais dans ma gentillesse de chroniqueur cynique, j'aime garder un suspense de tous les instants pour ne pas gâcher votre plaisir qui, j'en suis sûr, est infinitésimal. A l'instar des death movies/shockumentaries, on en serait presque arrivé  à un stade où ce blog, que vous louangez (rires !), deviendrait l'une des références du genre. Mais nous n'en sommes pas encore là et je n'ai pas la prétention pour tenir de tels propos sur ma rétrospective.
Pour la petite info, encore un autre film s'y est rajouté au gré de mes découvertes et de ma persévérance qui m'amène parfois à m'aventurer sur des sites où ma confiance n'est pas entière. Un "cheval de Troie" est si vite arrivé. Tout cela connaîtra-t-il une fin me direz-vous, mais ça seul l'avenir nous le dira. En attendant, appréciez cette "petite" plongée dans une époque révolue qui ne me vit pas encore naître. 

Le giallo, pouvant se traduire par le thriller policier à l'italienne est un genre qui connut son apogée au début des années 70 après que les premières bases furent posées par le célébrissime Mario Bava, d'abord avec La Fille qui en savait trop, l'oeuvre fondatrice du giallo, et l'année suivante avec Six Femmes pour l'Assassin qui amorça véritablement la naissance officielle de ce style où se mêlaient policier, horreur et dimension érotique. Les meurtres graphiques étaient aussi très fréquents, lorgnant fréquemment avec le gore. Si le dénommé Bava est le centre névralgique de tout ceci, certains augustes cinéastes ont su apporter leur pierre à l'édifice, magnifiant un genre qui aurait pu très vite devenir redondant. Dario Argento bien sûr en tête mais également Massimo Dallamano, Lucio Fulci, Umberto Lenzi ou Aldo Lado font partie des incontournables. Bien sûr, il ne faudrait guère oublier le travail de Sergio Martino qui nous fait encore l'honneur de sa présence après une petite pause.
Il y a quelques temps, Cinéma Choc vous gratifiait de ce que j'ai sottement appelé sa Trilogie du Vice (chroniquée par ordre de sortie s'il vous plaît) avec, respectivement, L'Etrange Vice de Madame Wardh, Toutes les couleurs du vice et Ton Vice est une chambre close dont moi seul ai la clef. N'allez pas croire que nous en resterions là, mon oeil avisé m'ayant fait remarquer d'autres giallos qui ne purent m'échapper. Nous sommes toujours au tout début des années 70, 1971 pour être précis, avec un long-métrage que j'avais mentionné jadis : La Queue du Scorpion.

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ATTENTION SPOILERS : Un homme meurt dans une explosion d'avion. Sa femme touche une grosse police d'assurance. Bientôt suspectée d'être à l'origine du décès de son époux, elle est surveillée par un détective de l'assurance, aidé par une journaliste. La femme est elle-même très vite assassinée.

On ressent une certaine attirance des réalisateurs où le pognon est l'un des grands responsables des cadavres qui s'accumulent au cours de l'histoire. Il est vrai que ce qui fait le moteur de l'économie est directement responsable de votre train de vie, si vous vivrez dans l'opulence ou dans la précarité. Bref, il est fondamental pour votre bien-être. Oui, vous me direz que l'argent ne fait pas le bonheur mais il y contribue quand même. La Queue du Scorpion, qui est le deuxième giallo de son géniteur, va mettre ces beaux billets verts au centre de l'attention de toute une série de personnages arrivistes, profiteurs et menteurs. L'explosion d'un avion dans lequel se trouvait Karl Brumer, un richissime homme d'affaires, va être le point de départ de tous les ennuis qui se succéderont.
Sa femme, qui n'hésitait pas à le tromper (précisons qu'il en faisait de même) avec son amant avec qui elle espérait fuir, a l'honneur de recevoir une coquette somme de pas moins d'un million de dollars résultants d'une police d'assurance. Les circonstances sont bien trop belles pour hériter d'un tel pactole, ce qui intrigue l'agence d'assurance qui se charge d'envoyer un détective pour faire la lumière sur toute cette affaire. Lisa, désormais veuve, est placée sur la liste des suspects, jusqu'à ce qu'elle se fasse brutalement assassinée dans sa chambre un soir.

La police ainsi que le détective sont dans l'incompréhension la plus totale face à un procédé qui renvoie immanquablement au légendaire Psychose de Alfred Hitchcock. Alors que nous étions persuadés que Lisa allait être le personnage principal, Martino nous dupe et nous fait comprendre que le scénario sera loin d'être aussi facile et con. Les soupçons se portent sur la maîtresse de Karl, sur son associé et un tas d'autres personnages louches. Hélas, notre âme de Sherlock Holmes se ramasse constamment face à un récit maîtrisé et plaisant à suivre. Comme on a pu le voir avant et que l'on verra après, le giallo aime filmer le milieu bourgeois qu'il n'éloigne jamais d'une forme de décadence. Ton Vice est une chambre close dont moi seul ai la clef en est un brillant exemple. La quasi-totalité des personnages que nous verrons ici ont une situation au minimum convenable.
Malgré tout, ils ne peuvent s'empêcher de lorgner sur l'argent du voisin en suivant ce bon vieil adage qui a la dent dure "une fois qu'on en a, on en veut toujours plus". Il est assez cocasse de voir que ce matériel inanimé qui n'a de la valeur que ce que l'Homme lui a donné va faire sombrer ceux qui s'y approcheront au point qu'ils y laisseront la vie.

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Le détective de l'assurance, qui s'énamourera avec une journaliste dans une romance collégienne des plus naïves, va travailler conjointement avec un policier retors pour faire la lumière sur toute cette affaire et retrouver ce beau pactole. Bref, on a parfois tort de limiter notre intérêt du giallo à Bava et Argento qui, s'ils sont les références, ne sont pas les seuls thaumaturges. En l'occurrence, La Queue du Scorpion est un exemple type de giallo réussi où Martino se plaît à faire monter progressivement la tension, ne la relâchant jamais comme on peut le voir parfois. Les meurtres sont efficaces, brutaux, déviant parfois même dans le gore. On repensera au destin peu enviable de l'amant de Lisa qui finira défigurée de la plus belle des manières. On retrouve aussi cet amour pour les poupées inquiétantes que l'on verra dans une pièce inoccupée sur le toit d'un appartement.
Une chose insolite, incompréhensible, qui apporte une dimension fantastique des plus plaisantes, comme si le rêve (en l'occurrence, plutôt le cauchemar) n'était jamais loin. 

Finissons par le visuel du giallo qui y tient une place prépondérante. L'esthétique étant l'un des critères recherchés par les auteurs. Moins tape-à-l'oeil qu'un Argento, par exemple, qui n'a rien inventé, on reste constamment dans un ton classique avec des décors classiques également mais qui n'en reste pas moins jolis à l'oeil. Cependant, comme l'image du dessus en atteste, Martino s'éprendra à deux ou trois reprises à l'emploi d'une colorimétrie pop qui contraste et réveille la rétine. Là encore, le surnaturel s'invite à la danse. Le tout étant que chaque scène est bien filmée et que vous ne perdrez pas une miette des exécutions brutales de ce tueur masqué tenant une arme blanche dans sa main gantée de noir. On aura aussi une bande son entraînante, travaillée et coïncidant bien à l'ambiance oppressante du titre. Finalement, le casting est composé de belles gueules déjà vues auparavant comme pour George Hilton qui a auparavant déjà accompagné Martino dans L'Etrange Vice de Madame Wardh.
Sa belle tête de rital, toujours charismatique, plaît. On aura aussi droit aux présences de Anita Strindberg, Alberto de Mendoza, Ida Galli, Janine Reynaud, Luigi Pistilli, Tom Felleghy et Luis Barboo. Pour les plus coquins d'entre vous, le réalisateur se chargera de dénuder les actrices pour votre plus grand bonheur.

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On dira ce que l'on veut mais La Queue du Scorpion se hisse très facilement dans le haut du panier aux côtés des titres prestigieux de Bava et Argento qui, non, n'ont pas le monopole du giallo réussi. Démarrant sur un postulat de départ simple, rudimentaire, voire même cliché, Martino élude les raccourcis faciles, les erreurs dignes des pires films de série B afin d'opter pour une trame narrative maligne, distrayante et loin de toute forme de prévisibilité. On a envie de connaître le fin mot de l'histoire et c'est un point à souligner quand on sait que certains nous laissent y arriver avec un ennui poli. Le cinéphile est pris dans l'histoire qui peut s'enorgueillir d'un beau casting d'acteurs, d'assassinats sanglants et d'un sens évident du style. Le cinéaste prouve ainsi aux gens qu'il sait avoir de la suite dans les idées et peut être très professionnel dans ses grands jours. Comme quoi sa filmographie ne se résume pas qu'à des choses comme 2019 Après la chute de New-York.

 

Note : 15/20

 

 

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