ed gein le boucher

Genre : Horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2000
Durée : 1h29

Synopsis : 1957. Dans la petite ville tranquille de Plainfield, Ed Gein mène une vie ordinaire dans la ferme familiale. Mais la ferme est isolée, les parents d'Ed sont morts et les récoltes ont pourri depuis longtemps. Et les fantômes d'Ed Gein le hantent. 

 

La critique :

Lorsque l'on invoque les serial killers les plus tristement notoires, on songe invariablement aux tueurs en série américains, à savoir les criminels les plus médiatiques. Des noms tels qu'Albert Fish, Jeffrey Dahmer, Ted Bundy, Dennis Rader, Gary Ridgway, Richard Trenton Chase, Edmund Kemper, ou encore Charles Manson sont devenus autant de cryptonymes hélas populaires dans la mémoire collective. Par ailleurs, Stephen King, le célèbre romancier de l'épouvante, s'inspirera des forfaitures de John Wayne Gacy pour Ca, un opuscule dans lequel un clown kidnappe et dévore les enfants d'une petite communauté américaine (en l'occurrence, le Maine). Tel était, par ailleurs, le modus operandi du même John Wayne Gacy. "Blind, torture, kill" ("Ligoter, torturer, tuer") : tel était le syllogisme de ce renégat chevronné.
Dixit les propres aveux de sa famille et de son entourage, John Wayne Gacy n'est pas ce sinistre individu acariâtre et sociopathe.

Mieux, l'homme replet est décrit comme un individu affable, parfaitement intégré dans notre société et bon père de famille. Pourtant, à ses heures perdues, le psychopathe assaille des adulescents avec qui il entretient des relations sexuelles. Fou de rage et sous l'emprise de pulsions intarissable, l'écervelé les mutile et les enterre dans sa cave. Que soit. L'Amérique escompte également à son actif d'autres psychopathes tristement populaires. C'est par exemple le cas d'Ed Gein, né en 1906 dans le Wisconsin et décédé en 1984 d'une insuffisance respiratoire. Certes, le forcené ne possède pas forcément la carte de visite (pour le moins morbide...) d'un Ted Bundy ou d'un Jeffrey Dahmer.
A son actif, Ed Gein ne compte que deux victimes (façon de parler...). Le qualificatif de serial killer paraît alors usurpé, voire galvaudé...

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Sauf que, durant ces passe-temps favoris, l'homme estropié écume les cimetières à la recherche de cadavres qu'il exhume de leurs sépulcres, pour à la fois entretenir des relations nécrophiles et s'adonner à la couture de l'épiderme. Ed Gein extrait la peau de ses victimes déjà défuntes pour confectionner des masques et essentiellement des parties génitales reconstituées. C'est probablement pour cette raison que le maniaque écopera du surnom de "Boucher de Plainfield". En sus, les scènes de meurtres, décelées par la police, laissent apparaître d'abominables forfaitures, dans lesquelles il est à la fois question d'équarrissage et d'anthropophagie ad nauseam.
Paradoxalement, pour des raisons pécuniaires, le juge ne poursuivra pas les investigations policières. L'anamnèse des troubles psychopathologiques intercèdent en la faveur d'un tableau schizophrénique.

Ed Gein finira donc ses jours dans un asile psychiatrique. Contre toute attente, les soignants comme ses nouveaux congénères décrivent un individu affable et même croquignolet (si j'ose dire...). Evidemment, son cas engendrera toute une pléiade de documentaires, de longs-métrages et de reportages. Pour son film Psychose (1960), le réalisateur britannique, Alfred Hitchcock, ne cache pas les contiguïtés matoises entre son tueur en série (Norman Bates) et Ed Gein. Même remarque concernant Le Silence des Agneaux (Jonathan Demme, 1991), Maniac (William Lustig, 1980), Deranged (Jeff Gillen et Alan Ormsby, 1974), American Psycho (Marry Harron, 2000), ou encore Dragon Rouge (Brett Ratner, 2002) ; autant de films qui s'inspirent de la figure diabolique d'Ed Gein.
Et puis, comment ne pas invoquer le cas de Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), qui s'inspire lui aussi librement des avanies et des turpitudes de ce serial killer ?

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Pour souvenance, le film de Tobe Hooper a durablement estourbi les persistances rétiniennes pour son ambiance macabre et son anthropophagie ostensiblement affichée. L'ombre malfaisante (et malaisante) d'Ed Gein continue de tarabuster le cinéma horrifique. Preuve en est avec le bien nommé Ed Gein - Le Boucher, réalisé par la diligence de Chuck Parello en 2000. A la fois producteur, scénariste et metteur en scène américain, Chuck Parello n'a jamais caché sa dilection, voire son effervescence pour les serial killers puisqu'on lui doit Henry, Portrait d'un serial kiler 2 (déjà susdénommé dans ces lignes), une suite qui n'a pas spécialement laissé de souvenirs indélébiles.
A postériori, il enchaînera avec The Hillside Strangler (2004) et Dr. 420 (2012), par ailleurs inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales.

Par certaines finauderies matoises, l'oriflamme rutilante d'Ed Gein - Le Boucher n'est pas sans réitérer l'aura machiavélique de Norman Bates sur l'affiche de PsychoseCertes, Ed Gein - Le Boucher n'a pas vraiment pour velléité d'itérer la folie sauvage de Massacre à la Tronçonneuse. Le long-métrage s'approxime donc à une sorte de biopic sur ce personnage captieux, fallacieux et machiavélique. Si le film de Chuck Parello n'a pas pour dessein de mimer Massacre à la Tronçonneuse en termes d'abjections et d'impudicités, Ed Gein - Le Boucher a tout de même écopé d'une interdiction aux moins de 16 ans. Si le long-métrage n'a pas forcément bénéficié d'une distribution en salles, il s'est néanmoins illustré dans divers festivals, notamment en s'octroyant le prix du meilleur film à Fantasporto.
Reste à savoir si Ed Gein - Le Boucher mérite - ou non - de telles flagorneries. 

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Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose de Steve Railsback, Carrie Snodgress, Carol Mansell, Sally Champlin, Steve Blackwood, Nancy Linehan Charles, Bill Cross, Travis McKenna, Jan Hoag, Brian Evers et Pat Skipper. Attention, SPOILERS ! (1) 1957, Dans la petite ville tranquille de Plainfield, perdue au fin fond du Wisconsin, Ed Gein mène une vie ordinaire dans la ferme familiale. Mais la ferme est isolée, les parents d'Ed sont morts et les récoltes ont pourri depuis longtemps. Et les fantômes d'Ed Gein le hantent. Traumatisé par la disparition de sa mère, qui l'a élevé à la Bible et à la baguette, Ed commence à développer de bien curieux centres d'intérêts : la réincarnation, la réduction des têtes, le cannibalisme ou l'exploration de l'anatomie féminine (1).
A l'aune de cette exégèse, on comprend mieux pourquoi cette affaire sordide a déchaîné autant les passions.

Ce n'est pas un hasard si l'histoire d'Ed Gein est l'une des toutes premières affaires médiatiques sur un tueur en série. Tous ces actes barbares et ignominieux réitèrent - bon gré mal gré - les infamies et les vilenies professées par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs, Ed Gein n'a jamais caché son engouement pour toutes les monstruosités commises dans les camps de la mort germaniques. A l'instar de Norman Bates dans Psychose, ce sociopathe est inlassablement pourchassé par le spectre démoniaque de sa matriarche. Mutin, Chuck Parello affine et étaye cette relation oedipienne et incestuelle (incestueuse) via toute une pléthore de flashbacks et de réminiscences.
En mutilant ses victimes, Ed Gein cherche à exhumer le cadavre de sa propre maternelle. Toutefois, le film de Chuck Parello élude l'écueil de la complaisance et de la surenchère. A contrario, Ed Gein - Le Boucher s'adresse à un public particulièrement averti. Ainsi, on relève plusieurs saynètes particulièrement virulentes et frontales. Oui, Ed Gein collectionnait les faciès et les parties génitales des cadavres qu'il dépouillait dans les cimetières. Oui, ce maniaque du scalpel excisait et s’accaparait le sexe ensanglanté de ses propres victimes via des rites primitifs et tribaux. Indubitablement, il se dégage de ce torture-porn horrifique un climat putride. In fine, Chuck Parello peut escompter sur l'omniscience de son comédien principal, Steve Railsback, très en forme pour l'occasion.
Seul petit bémol, la mise en scène reste assez conventionnelle et aurait sans doute mérité un meilleur réalisateur derrière la caméra. Mais c'est juste histoire de chinoiser et de ratiociner...

 

Note : 15/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver