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Genre : Animation, horreur, fantastique, trash, pornographie (interdit aux - 18 ans)

Année : 1992

Durée : 3h29 (film décliné en 4 OAV)

 

Synopsis :

La légende du Démon est devenue réalité : le monde a été dévasté par le Dieu Destructeur Nagumo. La légende prétend qu'il est le Chojin qui dort dans le ventre d'Akemi, au coeur du palais d'Osaka. Aujourd'hui, plus de vingt ans ont passé et le temps est venu pour elle de lui donner naissance. Dans un tourbillon de lumière, Amano entend la voix du Chojin lui ordonner d'aller à Tokyo détruire Kyo-O, "l'être maléfique". Mais Tokyo est sous le contrôle de César, qui met la ville à feu et à sang le jour et s'adonne à des orgies décadentes la nuit.

 

La critique :

Pour des raisons évidentes, le film d’animation n’a jamais vraiment été plébiscité par Cinéma Choc. Tout d’abord, parce que l’on ne va pas se mentir, c’est un format généralement destiné aux enfants et deuxièmement, encore faut-il que les candidats puissent être en accord avec l’esprit du blog. Ce qui n’est pas évident ! Et il est vrai qu’à ce petit jeu, le pays sur lequel nous pouvons compter est, sans trop de surprise, le Japon qui, jadis, a suscité les acrimonies et les polémiques diverses sur sa notion très libertaire du dessin animé. N’étant même pas encore au stade de spermatozoïde, je n’ai pas connu cette époque qui vit s’estomaquer les diverses associations de protections parentales quand Ken le Survivant débarqua à des heures de grande audience dans le Club Dorothée.
Le dessin animé japonais devenait le nouvel ennemi à abattre. Même des titres pourtant bien inoffensifs comme la série très réputée Dragon Ball n’était pas spécialement appréciée des parents. Pourtant, Dieu que tout cela est si mignon comparé aux hentai, soit les mangas pornographiques sur lesquels il ne faudra pas vous faire de dessin. Si la plupart de ce marché est similaire au marché avec de vrais acteurs où le seul plaisir de visionnage est de... enfin vous savez de quoi je parle, d’autres hentai avaient de plus grandes ambitions.

Quand on demande aux spécialistes quels sont les œuvres phares de ce courant, il ne faut pas longtemps avant que le nom Urotsukidoji ne sorte de leur bouche. Créé initialement en 1986 par Toshio Maeda, le manga connut en 1989 une adaptation animée grâce au talent de Hideki Takayama. Décliné en 3 OAV, Urotsukidoji, appelé de part chez nous La Légende du Démon, fait l’effet d’une petite bombe par son format révolutionnaire. Il se distinguait par l’écriture d’un vrai scénario, un important budget alloué et un mix oscillant entre le gore, le fantastique et donc la pornographie. Au vu du gigantesque succès engendré et ce même en dehors de ses frontières, les producteurs tenaient leur nouvelle poule aux œufs d’or. Hélas, Urotsukidoji II : L’Enfant Errant déçut l’assemblée qui ne revivait pas le choc engendré par son aîné. Les épisodes suivants continueront d’enfoncer davantage la série.
Après les deux premiers films chroniqués par notre Alice In Oliver, je décidais de reprendre le flambeau en chroniquant la suite des aventures de Amano avec Urotsukidoji III : Le Retour du Démon.

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ATTENTION SPOILERS : La légende du Démon est devenue réalité : le monde a été dévasté par le Dieu Destructeur Nagumo. La légende prétend qu'il est le Chojin qui dort dans le ventre d'Akemi, au coeur du palais d'Osaka. Aujourd'hui, plus de vigt ans ont passé et le temps est venu pour elle de lui donner naissance. Dans un tourbillon de lumière, Amano entend la voix du Chojin lui ordonner d'aller à Tokyo détruire Kyo-O, "l'être maléfique". Mais Tokyo est sous le contrôle de César, qui met la ville à feu et à sang le jour et s'adonne à des orgies décadentes la nuit.

Vous aurez compris qu’il ne s’agit pas de reboot, de préquelle, de remake, de "préboot", de "requelle" ou de "prémake". Urotsukidoji III se situe dans la droite lignée de ses deux augustes devanciers qui relataient le parcours de Amano dont la mission était de trouver le Chojin, un être surpuissant qui est amené tous les 3000 ans à réunir les trois mondes, ceux des humains, des démons et des hommes-bêtes, afin de fonder un nouveau monde où ces trois sortes coexisteraient. Alors que l’on aurait pu s’attendre à une démarche pacifique, ce processus d'unification ne se fit que dans la destruction et la douleur car ces mondes doivent être détruits pour qu’un nouveau n’émerge.
Par conséquent, nous nous rendions compte que le Chojin n’était pas cette entité salvatrice mais plutôt un programme de formatage destiné à effacer toute civilisation par l’intermédiaire du Dieu Destructeur chargé de préparer la venue du Chojin en faisant finalement le sale boulot. La fin du premier film nous laissait présager une suite de grande ampleur, encore plus sombre et désespérée. Certes, l’optimisme n’était guère présent dans Urotsukidoji II. Seulement, le scénario chutait drastiquement en intensité et ne montrait finalement que très peu l’atmosphère post-apocalyptique que nous étions en droit d’attendre. La douche fut froide.

A notre grand dam, la réputation des opus suivants n’était guère élogieuse, suivant le même schéma de circonspection que le deuxième film. Et comme de fait, Hideki Takayama qui est toujours aux commandes, donne l’impression de se foutre un peu de toute cohérence scénaristique. Certes, les grands points de l’intrigue sont, somme toute, clairs et évidents mais on ne mettra pas longtemps à se poser la question fatidique : "Mais c’est quoi ce bordel ?". Le président américain est en fait un alien qui est impliqué aussi dans la traque anti-Chojin mise en place. Ok... In fine, ça sera un peu comme ça que cela se passera : une succession d’invraisemblances, d’incohérences, de choses mal amenées, mal racontées ou alors pas assez exploitées. Takayama donne l’impression d’être en free-style complet sans storyline, excepté les grandes lignes, et qui plus est en faisant carrément un bond de 20 ans en avant, sautant d’énormes étapes qui auraient dues être mises en scène.
Ca serait comme de vouloir filmer un repas en filmant juste le service et le débarrassage. En termes de maladresses, nous sommes à un bon niveau. Autant dire que l’on tire fortement la moue dès le départ tant les zones d’ombres persistent sur comment en est-on arrivé là.

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Ne pouvant compter sur une trame narrative digne de ce nom, Takayama désolidarise, en plus, son récit d'Amano qui semble bien inutile durant toute une aventure de près de 3h30 qu’il sera impossible pour le commun des mortels de visionner en une seule fois. Quant à Nagumo, n’en parlons même pas. Tout tourne autour de Buju parti en guerre contre le despote sanguinaire régnant sur Tokyo, asservissant les « makemonos », une race étrange de démons dont les origines sont troubles. Pour un dessin animé, on se pose des questions sur le public visé tant le travail des dialoguistes est plus proche des tournures de phrases enfantines et clichées qu’autre chose. Reste alors ce qui est censé faire vendre Urotsukidoji III qui est la violence et le sexe.
Sur ce point, les laudateurs ne seront pas déçus entre les corps déchiquetés, les viols à répétition sur des femmes qui servent d’objets aux hommes comme aux démons. Les fellations, les pénétrations tentaculaires avec éjaculation et gros plans pour la version non censurée sont de la partie. Le cahier des charges est au moins respecté sur ce point, quand bien même la tendance au sexe facile, voire même forcé pour contenter les personnes en manque d’adrénaline se fait furieusement ressentir.

Jusqu’à présent, j’ai donné l’impression d’avoir visionné une véritable engeance cinématographique. Rassurez-vous, tout n’est pas mauvais non plus ! Pour commencer, et ça c’est le plus gros point à cibler, on ne peut masquer un univers, mal exploité il est vrai, mais véritablement fascinant à observer. Le chaos se fait furieusement ressentir. On voit à quel point l’humanité a sombré dans ses pulsions les plus archaïques. En absence de toute autorité et de lois, la civilisation dégénère pour verser dans la barbarie et la luxure dépravée. L’ambiance dérangeante relève le niveau, de même que l’animation vintage qui fait toujours son effet. La variété des monstres est aussi un plus à prendre en compte. Et oui je l’avoue, la mise en scène des séquences pornographiques est maîtrisée et souvent d’une extrême amoralité. Un bon point sur la composition musicale qui se défend bien.
On se gardera de parler du jeu d’acteur inexistant mais, encore une fois, outre les répliques crétines, il y a une mollesse dans les voix, comme si les doubleurs revenaient d’une soirée un peu trop assurée qu’ils n’ont pas assumé. Gageons de dire que les personnages deviendront de plus en plus attachants au fur et à mesure de l’histoire.

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On ne va pas se mentir, Urotsukidoji III n’est pas un bon cru et c’est bien dommage de tenir de tels propos quand on songe au potentiel démesuré de cette œuvre qui a rejoint les rangs du mercantilisme. Si l’inspiration est toujours là, elle n’est plus aussi stimulante que le premier et même le deuxième épisode compris qui se défendait encore bien sur ce point. Le scénario part dans tous les sens et on en vient à se demander si Takayama ne s’est pas plu à rallonger le plus possible la licence. Reste qu’il y a cette petite flamme qui subsiste et qui, en dépit des énormes tares, nous donne envie d’arriver jusqu’au bout de cette épopée en dents-de-scie juste pour connaître le fin mot de tout ceci, à condition de faire l’impasse sur la quantité majeure de défauts.
Pour ma part, malgré toute ma sympathie que j’ai, je ne peux accorder une note supérieure à 10 d’un point de vue autant objectif que subjectif. Nous verrons ce que la conclusion aura à nous dire prochainement avec Urotsukidoji IV.

 

Note : 08/20

 

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