hunger-affamés

Genre : Horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2009
Durée : 1h31

Synopsis : Cinq étrangers se réveillent piégés dans un cachot souterrain sans savoir comment ils sont arrivés là. En essayant de comprendre comment s'échapper, le groupe découvre une autre pièce contenant assez d'eau pour survivre 30 jours ainsi qu'un rasoir chirurgical. Combien de temps vont-ils réussir à tenir sans que la faim devienne insupportable ?  

 

La critique :

Lorsque l'on invoque l'anthropophagie au cinéma, on songe invariablement à Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980). Pourtant, ce film âpre et sulfureux n'est pas le long-métrage prodrome en termes de turpitudes et de cannibalisme. L'oeuvre pionnière se nomme Cannibalis - Au Pays de l'Exorcisme (Umberto Lenzi, 1972). Par ailleurs, sur la forme, le film d'Umberto Lenzi s'apparente à un palimpseste - version virulente - d'Un Homme Nommé Cheval (Elliot Silverstein, 1970). Quelques années avant Cannibal Holocaust, Ruggero Deodato avait déjà sévi dans le gore et l'anthropophagie ad nauseam via Le Dernier Monde Cannibale (1977).
Auparavant, ce sous-registre du cinéma bis et d'exploitation a déjà vu éclore La Montagne du Dieu Cannibale (Sergio Martino, 1978) et Blue Holocaust (Joe d'Amato, 1979).

Mais c'est bien Cannibal Holocaust qui va s'octroyer la palme de l'horreur et de l'indécence. La raison ? Le film de Ruggero Deodato amalgame sans fard anthropophagie rougeoyante, gore, scabrosité, shockumentary et snuff movie. Durant le tournage du film, plusieurs animaux sont réellement tortorés, sacrifiés, mutilés et estampés, une âpreté qui concourt à ériger la notoriété de Cannibal Holocaust. Pis, Ruggero Deodato est traîné devant les tribunaux et sommé de s'expliquer sur les conditions de tournage. Certains contempteurs courroucés l'accusent carrément d'avoir massacré plusieurs acteurs.
Or, aucun comédien n'est décédé durant le tournage. Quant à la séquence de la femme empalée, il s'agit d'une habile matoiserie fomentée par Ruggero Deodato et ses techniciens avisés. Banni, honni, voué à l'opprobre et aux gémonies, Cannibal Holocaust n'échappe pas au couperet acéré de la censure.

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Le long-métrage écope de l'ultime réprobation, soit une interdiction aux moins de 18 ans. A contrario, Cannibal Holocaust caracole en tête de peloton lors de son exploitation via le support vidéo. Mieux, Cannibal Holocaust devient même ce fameux Saint Graal adulé, déifié et adoubé par les thuriféraires du cinéma underground. Le long-métrage de Deodato va inspirer et engendrer toute une pléthore d'épigones. Les laudateurs n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que L'emprise des cannibales (Jesùs Franco, 1981), La secte des cannibales (Umberto Lenzi, 1980), Virus Cannibale (Bruno Mattei, 1980), Terreur Cannibale (Alain Deruelle et Olivier Mathot, 1980), ou encore Cannibale Ferox (Umberto Lenzi, 1981) parmi les films notables et éventuellement notoires.
Toutes ces productions inconvenantes obéissent - peu ou prou - au même syllogisme mortuaire.

En résumé, une expédition d'aventuriers est dépêchée en terre amazonienne. Sur place, ils découvrent, hébétés, une nature hostile et peuplée de vils anthropophages. Ramené sur ses terres ancestrales, l'individu civilisé retrouve subrepticement ses réflexes archaïques de jadis. Tel est le message péremptoire de Cannibal Holocaust. Heureusement, parmi toutes ces productions analogiques, on relève tout de même quelques exceptions édifiantes. Ainsi, des films tels que Le silence des agneaux (Jonathan Demme, 1991), Vorace (Antonia Bird, 1999), Ed Gein - Le Boucher (Chuck Parello, 2000), ou encore Confessions d'un Cannibale (Martin Weisz, 2006) empruntent un tout autre didactisme. 
C'est dans cette dialectique dénotative que s'inscrit aussi Hunger, soit Affamés dans l'idiome de Molière, et réalisé par la diligence de Steven George Hentges en 2009.

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Contre toute attente, on ne glane aucune information sur ce metteur en scène. Que ce soit sur Wikipédia ou encore sur le site IMDb, le cinéaste fait curieusement partie des abonnés absents. A priori, selon nos sources, plutôt pingres pour l'occasion, Steven George Hentges s'est illustré par le passé via Jacklight (1995). A fortiori, Hunger constituerait seulement sa seconde réalisation. Budget anémique oblige, Hunger n'a pas évidemment pas bénéficié d'une distribution dans les salles obscures. C'est donc par l'entremise des festivals que le film a pu durablement estourbir les persistances rétiniennes.
Car oui, Hunger s'inscrit sciemment dans le sillage et le continuum de la vague du torture porn, finalement dans la lignée de Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006). Que les laudateurs de Cinéma Choc (mais enfin, qui êtes-vous ?) se rassérènent.

A travers cette chronique, nous ne procéderons pas à l'exégèse du torture porn. De surcroît, Hunger a d'autres aspérités narratives en claustrant ses divers protagonistes (au nombre de cinq) dans un puits isolé au milieu de nulle part. Par son concept et sa rhétorique, Hunger se veut donc minimaliste. Reste à savoir si le long-métrage de Steven George Hentges justifie - ou non - son visionnage. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... La distribution du fim risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Lori Heuring, Linden Ashby, Joe Egender, Lea Kohl, Julian Rojas et Laura Albyn ; mais j'en doute...
Attention, SPOILERS ! Cinq étrangers se réveillent piégés dans un cachot souterrain sans savoir comment ils sont arrivés là.

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En essayant de comprendre comment s'échapper, le groupe découvre une autre pièce contenant assez d'eau pour survivre 30 jours ainsi qu'un rasoir chirurgical. Combien de temps vont-ils réussir à tenir sans que la faim devienne insupportable ? A l'aune de ce synopsis, le spectateur avisé aura évidemment subodoré les contiguïtés matoises avec Saw premier du nom. A l'instar du film de James Wan, Hunger préempte à son tour cette dialectique de la réclusion physique et psychologique, le tout corseté par le regard goguenard de leur tortionnaire. Sur ces entrefaites, Hunger aurait pu prestement sombrer dans le torture porn lambda via une profusion d'érubescences et d'hémoglobine.
Matois, Steven George Hentges élude l'écueil de la complaisance et de la surenchère et prend son temps pour disséquer (c'est le cas de le dire...) le calvaire de ses différents protagonistes.

En outre, le didactisme du film repose sur la scansion suivante : tuer, manger et redevenir un animal. Ainsi, l'anthropophagie n'est pas ostensiblement affichée, mais davantage suggérée avec une solennité assez remarquable. Autant l'annoncer sans ambages. On n'attendait pas autant de finauderie et de mignardise (si j'ose dire...) de la part de cette série B sourdant de nulle part, si ce n'est de l'imagination fertile de son auteur démiurgique. Hunger n'a donc pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans. A contrario, le film de Steven George Hentges n'est pas exempt de tout grief. Par exemple, on aurait aimé en savoir davantage sur les réelles aspérités du bourreau, plutôt falot pour l'occasion. Mais c'est juste histoire de chinoiser, d'ergoter et de ratiociner.
In fine, le manque (voire l'absence) de budget se fait parfois furieusement sentir. Toutefois, à l'aune des torture porn habituels, Hunger - Affamés se situe allègrement au-dessus de la moyenne. Une bonne surprise en somme, à défaut d'être incontournable.

Note : 13.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver