Vile_(film)

Genre : horreur, gore, trash, torture porn (interdit aux - 16 ans)
Année : 2011
Durée : 1h29

Synopsis : Plusieurs personnes se retrouvent enfermées dans une maison pendant 24 heures et leur seule échappatoire est d'infliger de la douleur à l'autre

La critique :

Comme une évidence, presque une pantalonnade. Lorsque l'on invoque le néologisme du "torture porn", on songe invariablement à Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006). Dans le cas du premier film susdénommé, James Wan adapte un court-métrage éponyme qu'il avait lui-même réalisé. Dixit les propres aveux de l'auteur démiurgique, Saw n'avait pas pour velléité de toiser les firmaments des oriflammes. A l'origine, il s'agit d'une série B impécunieuse qui amalgame sans fard huis clos, torture porn, thriller, horreur et une enquête policière conçue comme une sorte de puzzle démoniaque, avec ses pièges, ses supplices et ses multiples collatérales. 
Pourtant, cette formule surannée flagorne les thuriféraires du cinéma gore. Paradoxalement, Saw n'a rien inventé et réitère les recettes éculées de naguère.

James Wan n'a jamais caché sa dilection pour Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), La Colline A Des Yeux (Wes Craven, 1977), ou encore La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972). Toujours la même antienne... Saw défie tous les pronostics et caracole en tête de peloton lors de sa sortie en salles. Aux yeux des producteurs, Saw constitue la nouvelle manne providentielle. Ces derniers exhortent James Wan à signer de nouvelles suites consécutives. Mais le metteur en scène n'a cure des instigations, voire des objurgations de ses financeurs. 
James Wan affectionne davantage l'épouvante de jadis. Impression corroborée par ses longs-métrages suivants, notamment Dead Silence (2007), Insidious (2011), Insidious - Chapitre 2 (2013), Conjuring - Les Dossiers Warren (2013) et Conjuring - Le Cas Endfield (2016).

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Que soit. En raison de son succès pharaonique, Saw premier du nom va se transmuter en une franchise lucrative et opportuniste, hélas cornaquée par toute une série de tâcherons patentés. En l'occurrence, Hostel obliquera - peu ou prou - vers la même trajectoire. Dans le film d'Eli Roth, c'est une étrange organisation qui s'adonne à la capture, puis à la torture de touristes dans un pays d'Europe de l'Est. Hostel signe donc la résurgence des tortures de l'Inquisition, toutefois sous l'angle du capitalisme et du consumérisme à tous crins. 
Si le premier chapitre s'approxime à un film d'horreur potache et égrillard, le second volet, sobrement intitulé Hostel - Chapitre 2 (2007), affine davantage son syllogisme morbide. La franchise échoit alors entre les mains de Scott Spiegel via un inévitable Hostel - Chapitre 3 (2011).

Ce sera l'opus de trop. Le long-métrage ne sortira même pas au cinéma et écumera les bacs via le support vidéo. Mais peu importe, Saw et Hostel relancent la mode galvaudeuse du torture porn. En résulte toute une panoplie de productions peu ou prou analogiques. Les thuriféraires de ce registre cinématographique n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que The Collector (Marcus Dunstan, 2009), Excision (Richard Bates Jr., 2012), Pernicious (James Cullen Bressack, 2015), Perseveration (Adam Sotelo, 2012), Hoboken Hollow (Glen Stephens, 2006), Living Death (Erin Berry, 2006), Captivity (Roland Joffé, 2007), Borderland (Zev Berman, 2008), The Torturer (Lamberto Bava, 2006), Seed (Uwe Boll, 2007), ou encore See No Evil (Gregory Dark, 2006) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires. 

Vient également s'additionner Vile, réalisé par la diligence de Taylor Sheridan en 2011. A la fois scénariste, acteur, producteur et cinéaste américain, Taylor Sheridan est essentiellement connu en tant que comédien, la plupart du temps dans des rôles subsidiaires. L'artiste hétéromorphe est apparu principalement dans des séries télévisées notoires (entre autres Walker, Texas Ranger, Docteur Quinn, femme médecin, La vie à cinq, Star Trek - Enterprise, Les experts - Manhattan, Veronica Mars, ou encore NCIS - Los Angeles). En tant que metteur en scène, on lui doit Wind River (2017), la série télévisée Yellow Stone (2018) et Those Who Wish Me Dead (2020).
Il est donc surprenant de retrouver notre célèbre bateleur derrière un film d'horreur, en particulier derrière un torture porn.

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En l'occurrence, Vile constitue la toute première réalisation de Taylor Sheridan. Ne cherchez pas. En raison de son âpreté, cette production subalterne n'a pas bénéficié d'une distribution en salles, tout du moins dans nos contrées hexagonales. Vile est donc sommé de se départir par l'entremise du streaming, des festivals ou du support vidéo. Méconnu du grand public, ce torture porn s'octroie les ferveurs des thuriféraires du cinéma trash. Ces derniers saluent et encensent ce film gore, essentiellement pour ses insanités et ses érubescences. A contrario, les contempteurs le considèrent comme une copie éhontée de Saw 2 (Darren Lynn Bousman, 2005), dont Vile psalmodie partiellement le syllogisme et le scénario. A l'instar de Saw 2, Vile se déroule lui aussi dans une sorte de masure dans laquelle une poignée de protagonistes doivent se colleter, se cingler et s'adonner - eux-mêmes - à la torture pour survivre.

Reste à savoir si Vile justifie - ou non - qu'on s'y attarde. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... La distribution du film se compose d'April Matson, Akeem Smith, Greg Cipes, Eric Jay Beck, Elisha Skorman, Heidi Mueller, Maya Hazen, Rob Kirkland, McKenzie Westmore et Ian Bohen. Attention, SPOILERS ! (1) Quatre jeunes (Tayler, Tony, Sam et Nick) prennent en charge dans leur véhicule une belle inconnue et la mènent vers sa voiture tombée en panne en rase campagne. Pour les remercier, la gente dame leur propose de leur offrir des échantillons des parfums qu’elle conçoit dans son petit labo. Masque à gaz sur le museau, elle pulvérise l’habitacle pour faire profiter d’un coup d’un seul tous les pensionnaires. L’effet ne se fait pas attendre : quand quelques gouttelettes de déo Axe suffisent à attiser la passion d’une tonne de nanas, lesdites émanations renvoient à une réalité plus violente. En effet, les cobayes se réveillent quelques heures plus tard, attachés sur une chaise, en compagnie d’autres compagnons qui profitent de leur sommeil pour leur arracher les ongles.

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Enfermés dans une baraque sordide, harnachés comme des bêtes, les rats de labo doivent impérativement travailler ensemble pour gagner leur liberté : l’objectif est de remplir les valves de substances sécrétées par le cerveau lorsqu’il éprouve la douleur (1). Autant l'annoncer sans ambages. Les laudateurs de torture porn seront ici en terrain connu et quasiment conquis. C'est sans doute la principale argutie de Vile. En termes de sauvageries, de félonies et de barbaries, le long-métrage de Taylor Sheridan remplit doctement son office. En outre, le réalisateur se gausse impérialement du décor et de ses principaux protagonistes. Après un petit préambule de dix petites minutes (chronomètre en main), nos chers estudiantins sont déjà claustrés en plein cauchemar. Au menu des tristes réjouissances, le spectateur éberlué est sommé d'assister aux pires outrances : ongles arrachés, bras incinérés, genou fracassé et autres excoriations de circonstance...

Dans tous les cas, toutes les parties du corps seront précautionneusement tuméfiées, le tout corseté par des cris d'orfraie épouvantables. Autrement dit, pour s'en sortir, la douleur est inévitable... Certes, le concept peut paraître idiot, voire funambulesque. Mais force est de constater que l'on ne s'ennuie jamais, nonobstant une certaine tautologie, voire redondance. Paradoxalement, Vile atteint véritablement sa quintessence lorsque les supplices sont davantage suggérés. Or, Taylor Sheridan choisit de tout montrer (à l'exception d'une seule séquence) pour mieux nous estourbir et nous révulser. La métaphore avec Saw 2 est plutôt usurpée. Mieux, Vile se montre beaucoup plus éloquent que son auguste antécesseur. Contrairement aux torture porn habituels, Vile élude l'écueil des figures archétypales. Le film de Taylor Sheridan préfère amplement se polariser sur les vagissements algiques et les supplications immanentes. Seul bémol et pas des moindres, ce métrage gore manque sérieusement de raffinement dans son scénario. Qui se tapit derrière cet antre de la douleur ?
Quels sont les véritables desseins de ces bourreaux et vils fomentateurs ? On ne le saura jamais. Toujours est-il que Vile se montre allègrement supérieur à la moyenne habituelle du genre.

Note : 13.5/20

(1) Synopsis du film sur : https://cinemafantastique.net/Vile.html

 

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