loved ones

Genre : horreur, gore, trash, torture porn (interdit aux - 16 ans)
Année : 2009
Durée : 1h24

Synopsis : Lola, la fille la plus timide du lycée propose à Brent de l'accompagner au bal de fin d'année. Comme il avait prévu d'y aller avec Holly, sa petite amie, il décline poliment l'invitation. Mais Lola n'aime pas qu'on lui dise non…  

La critique :

Comme une évidence, presque une pantalonnade. Lorsque l'on invoque le néologisme du "torture porn", on songe invariablement à Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006). Dans le cas du premier film susdénommé, James Wan adapte un court-métrage éponyme qu'il avait lui-même réalisé. Dixit les propres aveux de l'auteur démiurgique, Saw n'avait pas pour velléité de toiser les firmaments des oriflammes. A l'origine, il s'agit d'une série B impécunieuse qui amalgame sans fard huis clos, torture porn, thriller, horreur et une enquête policière conçue comme une sorte de puzzle démoniaque, avec ses pièges, ses supplices et ses multiples collatérales. 
Pourtant, cette formule surannée flagorne les thuriféraires du cinéma gore. Paradoxalement, Saw n'a rien inventé et réitère les recettes éculées de naguère.

James Wan n'a jamais caché sa dilection pour Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), La Colline A Des Yeux (Wes Craven, 1977), ou encore La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972). Toujours la même antienne... Saw défie tous les pronostics et caracole en tête de peloton lors de sa sortie en salles. Aux yeux des producteurs, Saw constitue la nouvelle manne providentielle. Ces derniers exhortent James Wan à signer de nouvelles suites consécutives. Mais le metteur en scène n'a cure des instigations, voire des objurgations de ses financeurs. 
James Wan affectionne davantage l'épouvante de jadis. Impression corroborée par ses longs-métrages suivants, notamment Dead Silence (2007), Insidious (2011), Insidious - Chapitre 2 (2013), Conjuring - Les Dossiers Warren (2013) et Conjuring - Le Cas Endfield (2016).

 

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Que soit. En raison de son succès pharaonique, Saw premier du nom va se transmuter en une franchise lucrative et opportuniste, hélas cornaquée par toute une série de tâcherons patentés. En l'occurrence, Hostel obliquera - peu ou prou - vers la même trajectoire. Dans le film d'Eli Roth, c'est une étrange organisation qui s'adonne à la capture, puis à la torture de touristes dans un pays d'Europe de l'Est. Hostel signe donc la résurgence des tortures de l'Inquisition, toutefois sous l'angle du capitalisme et du consumérisme à tous crins. 
Si le premier chapitre s'approxime à un film d'horreur potache et égrillard, le second volet, sobrement intitulé Hostel - Chapitre 2 (2007), affine davantage son syllogisme morbide. La franchise échoit alors entre les mains de Scott Spiegel via un inévitable Hostel - Chapitre 3 (2011).

Ce sera l'opus de trop. Le long-métrage ne sortira même pas au cinéma et écumera les bacs via le support vidéo. Mais peu importe, Saw et Hostel relancent la mode galvaudeuse du torture porn. En résulte toute une panoplie de productions peu ou prou analogiques. Les thuriféraires de ce registre cinématographique n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que The Collector (Marcus Dunstan, 2009), Excision (Richard Bates Jr., 2012), Pernicious (James Cullen Bressack, 2015), Perseveration (Adam Sotelo, 2012), Hoboken Hollow (Glen Stephens, 2006), Living Death (Erin Berry, 2006), Captivity (Roland Joffé, 2007), Borderland (Zev Berman, 2008), The Torturer (Lamberto Bava, 2006), Seed (Uwe Boll, 2007), ou encore See No Evil (Gregory Dark, 2006) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires. 

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Vient également s'additionner The Loved Ones, réalisé par la diligence de Sean Byrne en 2009. Sur nos territoires, The Loved Ones n'a pas bénéficié d'une distribution en salles. Le long-métrage, issu des terres australiennes, est donc sommé de se départir via l'entremise du streaming, du support vidéo et des festivals. C'est sur ce dernier fief que le film va s'ériger un simulacre de réputation puisque The Loved Ones s'arroge à la fois le Grand Prix du Jury lors du festival de Gérardmer et le prix du public lors du festival de Toronto, notamment dans la section "Midnight Madness" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Loved_Ones). En sus, les critiques se montrent unanimement panégyristes et encensent un torture porn à la fois fascinant et déviant. De tels dithyrambes sont plutôt rarissimes, surtout lorsque l'on invoque le néologisme de torture porn, un sous-registre du cinéma d'exploitation et plutôt habitué à s'arc-bouter dans la catégorie des "navetons" patentés.

Reste à savoir si The Loved Ones mérite - ou non - de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... En l'occurrence, The Loved Ones constitue la toute première réalisation de Sean Byrne. L'auteur polymathique poursuivra son oeuvre mortifère via l''excellent The Devil's Candy (2015, Source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2020/01/05/37721808.html). La distribution de The Loved Ones se compose de Xavier Samuel, Robin McLeavy, John Brumpton, Richard Wilson, Victoria Thaine, Jessica McNamee, Andrew S. Gilbert, Suzi Dougherty et Victoria Eagger. En outre, le scénario est plutôt élusif.
Attention, SPOILERS ! Lola, la fille la plus timide du lycée propose à Brent de l'accompagner au bal de fin d'année. Comme il avait prévu d'y aller avec Holly, sa petite amie, il décline poliment l'invitation. Mais Lola n'aime pas qu'on lui dise non…

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Certes, à l'aune de cette exégèse, The Loved Ones semble épouser les rudiments et les linéaments du teen movie horrifique. Par certaines accointances, le film de Sean Byrne s'approxime à un curieux épitomé entre Massacre à la Tronçonneuse (déjà susdénommé), Tous les garçons aiment Mandy Lane (Jonathan Levine, 2006) et La dernière maison sur la Gauche (lui aussi stipulé), autant de références auxquelles The Loved Ones semble faire voeu d'allégeance. On songe aussi (parfois...) à The Devil's Rejects (Rob Zombie, 2006). A l'instar de ses augustes antécesseurs, le métrage de Sean Byrne s'interpose sur plusieurs protagonistes totalement écervelés.
Mais contrairement aux films qu'il révère et sacralise, The Loved Ones n'a pas pour velléité de verser dans la métaphore, ni dans la critique d'une société égotiste et consumériste.

Oui, formellement, The Loved Ones s'apparente à un long-métrage profondément misanthrope. Dans ce torture porn, les animosités se déroulent dans une masure lambda et claustrée au beau milieu de nulle part, une sorte de dernière maison au fond du parc (pour paraphraser le célèbre rape and revenge de Ruggero Deodato). Personne ne trouve grâce aux yeux de Sean Byrne, que ce soit les victimes débonnaires, les personnages satyriasiques et subsidiaires et les psychopathes adeptes de la torture et du scalpel. A contrario, ce curieux aéropage n'obéit pas (du tout) aux archétypes habituels. Mieux, Sean Byrne prend son temps pour transfigurer cette galerie d'individus retors.
C'est même dans cette caractérisation personnelle et individuelle que The Loved Ones parvient à s'extirper de l'ornière. Niveau déviances, le film tergiverse incessamment entre la comédie corrosive, le torture porn et le drame humain. Avec davantage d'âpreté et de rugosité, The Loves Ones aurait même pu (aisément) s'immiscer dans le haut du panier. En l'état, il reste un torture porn alambiqué qui attisera l'appétence et la curiosité des laudateurs du cinéma gore. C'est déjà énorme !

 

Note : 14/20

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hard_Sensation

sparklehorse2 Alice In Oliver