colour ou of space

Genre : horreur, épouvante, science-fiction (interdit aux - 16 ans)
Année : 2019
Durée : 1h53

Synopsis : Les Gardner ont à peine le temps de s'habituer à la vie de la campagne qu'une météorite explose dans leur jardin en pleine nuit, dans un halo d'une lumière qui n'existe pas. Peu à peu, la propriété familiale semble contaminée par un mal indicible, qui affecte la flore, la faune... et les Gardner.  

 

La critique :

Le cinéma de science-fiction a toujours prisé et encensé l'invasion extraterrestre, qu'elle soit explicite ou insidieuse. Au tout début de sa carrière, Steven Spielberg imagine des êtres affables, amènes, pacifistes et anthropomorphes. Impression corroborée par Rencontres du Troisième Type (1977) et E.T. L'Extra-Terrestre (1982). Mais le réalisateur thaumaturgique sera marqué à tout jamais par les attentats terroristes du 11 septembre 2001. Désormais, le monde entier ne scrutera plus les cieux de la même manière. Nos chers aliens ne sont plus des êtres avenants et croquignolets, mais des entités nanties d'intentions spécieuses et belliqueuses. 
Steven Spielberg adoptera un point de vue antagoniste avec La Guerre des Mondes (2005), un remake éponyme d'un vieux film de science-fiction de 1953.

Dixit les propres aveux de "Spielby" lui-même, l'auteur métronome s'est toujours passionné pour les vieux films de science-fiction des années 1950. Durant cette même décennie, l'invasion extraterrestre est corrélée avec les relents nucléaires de la Guerre Froide. Sur le fond, les aliens bellicistes préfigurent cette menace rougeoyante et communiste. Certains témoignages sont formels et dogmatiques : des OVNIS (objets volants non identifiés) ont été aperçus dans la mystérieuse zone 51. Des films tels que Le jour où la Terre s'arrêta (Robert Wise, 1951), La chose d'un autre monde (Christian Nyby, 1952), Les survivants de l'infini (Jack Arnold et Joseph M. Newman, 1955), ou encore Les envahisseurs de la planète rouge (William Cameron Menzies, 1953) sont autant de longs-métrages iniques, partiaux et propagandistes. Pourtant, toutes ces séries B subalternes vont inspirer toute une pléthore d'épigones, d'avatars et de remakes d'une qualité erratique. 

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C'est par exemple le cas de La Chose d'un autre Monde qui fera l'objet d'une nouvelle version, The Thing (John Carpenter, 1982), quelques décennies plus tard. En sus, ces productions voluptuaires relatent, bon gré mal gré, cette impression malaisante et anxiogène qui exhale de la société occidentale après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et puis, il y a le cas de Colour Out of Space, réalisé par Richard Stanley en 2019, qui ne s'inscrit dans aucune de ces catégories ; même si on relève quelques accointances avec The Thing (déjà susdénommé). A l'origine, Colour Out of Space est l'adaptation d'une nouvelle, La couleur tombée du ciel, de H.P. Lovecraft.
Le long-métrage signe également le grand retour de Richard Stanley après de longues années d'inertie et de disette cinématographique.

Par ailleurs, rien ne prédestinait cet auteur fantasque à obliquer vers le noble Septième Art. Dans un premier temps, Richard Stanley étudie l'anthropologie et se polarise - entre autres - sur certains rituels ancestraux africains. Paradoxalement, le jeune estudiantin n'a jamais caché sa dilection ni son effervescence pour le cinéma. A l'âge de 18 ans, il réalise son tout premier court-métrage, Rites of Passage (1983), par ailleurs inconnu au bataillon et inédit dans nos contrées hexagonales. Puis, vers l'orée des années 1990, il se distingue avec son tout premier long-métrage, Hardware (1991), à la fois influencé par l'univers du clip musical et le registre post-apocalyptique.
Si le film ne bénéficie pas d'une large distribution dans les salles, il est acclamé, voire adoubé par les thuriféraires du cinéma bis.

Richard Stanley enchaîne alors avec Le Souffle du Démon (1992). Entre temps, Hollywood lui ouvre ses portes. Richard Stanley doit superviser et réaliser L'île du docteur Moreau. Le metteur en scène se doit de diligenter les opérations et surtout de gérer les égos surdimensionnés de Marlon Brando et Val Kilmer. Or, durant le tournage, le caractère tempétueux des deux comédiens se révèle incontrôlable. En sus, Richard Stanley est sommé d'obéir assidûment aux injonctions des financeurs. Bilieux, le réalisateur décide de claquer la porte en cours de tournage. Richard Stanley est alors évincé par les producteurs au profit de John Frankenheimer. Mais Richard Stanley ne désarme pas.
L'artiste vindicatif s'immisce discrètement sur le tournage et s'aperçoit que le script initial a été subrepticement dévoyé au profit d'une production hollywoodienne aseptisée.

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A raison, Richard Stanley fulmine. Dépité, il jure qu'il ne reviendra plus jamais dans le cinéma, laissant le Septième Art pantois et partiellement orphelin... Tout du moins jusque 2016, date à laquelle il fait part de ses appétences pour une nouvelle de H.P. Lovecraft. La requête de Richard Stanley est ouïe par Elijah Wood. L'acteur revêt alors les oripeaux de producteurs et doit se colleter pour convaincre les financeurs. Ces derniers n'ont pas encore digéré ni oublié le fiasco et l'échec cinglant de L'île du Docteur Moreau. Richard Stanley devra donc faire preuve de longanimité et patienter encore trois longues années avant de se retrouver derrière la caméra de Colour Out of Space.
Production indépendante oblige, le long-métrage ne connaîtra pas une grande diffusion dans les salles et écumera essentiellement les séjours dans les festivals.

Paradoxalement, c'est justement par l'entremise de ces susdits festivals que Colour Out of Space se forge une réputation flatteuse. Certaines critiques acclament sous les vivats le grand retour de Richard Stanley. Même chose pour les thuriféraires de longue date. Ces derniers n'ont pas oublié l'omniscience du cinéaste derrière le fameux Hardware. Mais après toutes ces années de silence et de purgatoire, Richard Stanley va-t-il parvenir à retrouver cette fougue de naguère ? Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... La distribution du film se compose de Nicolas Cage, Madeleine Arthur, Joely Richardson, Elliot Knight, Tommy Chong, Brendan Meyer, Julian Hilliard, Josh C. Walker et Q'orianka Kilcher. Attention, SPOILERS ! Les Gardner ont à peine le temps de s'habituer à la vie de la campagne qu'une météorite explose dans leur jardin en pleine nuit, dans un halo d'une lumière qui n'existe pas.

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Peu à peu, la propriété familiale semble contaminée par un mal indicible, qui affecte la flore, la faune... et les Gardner. Après presque trente années d'absence (27 ans pour être précis), Richard Stanley effectue sa résurgence en prodiguant un curieux maelström entre l'horreur, la science-fiction et une véritable allégeance à certains classiques apocalyptiques. On songe notamment à The Thing (toujours la même antienne...) et aussi à L'Antre de la Folie (John Carpenter, 1995). Mais Colour Out of Space a d'autres velléités scénaristiques. Certes, il est bien question d'un extraterrestre polymorphe qui préempte à la fois les êtres humains et la nature, mais également l'espace et le temps, tel un trou noir qui aspire tout sur son passage. Ici la colorimétrie tient une place prépondérante.
Une fois la personne infectée, il n'y a pas de reddition possible.

Ce n'est pas aléatoire si le long-métrage prend la forme d'un huis clos familial. Sur ce dernier point, Colour Out of Space pose un regard singulier sur ses divers protagonistes et cherche constamment à seriner le spectateur. Durant sa première segmentation, Colour Out of Space désarçonne par ses choix narratifs et s'apparente à une sorte de délire fantastico-horrifique qui baguenaude dans tous les sens... Un peu trop sans doute... Avant de se rattraper lors d'une dernière demi-heure paroxystique, happant littéralement le spectateur à la gorge. Indubitablement, Colour Out Of Space dénote des productions habituelles et parvient à raviver un cinéma d'horreur et de SF souvent complaisant, voire indigent.
Le film peut s'enhardir d'une mise en scène cérémonieuse, ainsi que de colorations irisées qui ondoient vers un empyrée terrestre en perpétuelle mutation. Toutefois, Colour Out Of Space risque de déconcerter le plus grand nombre. On tient là une oeuvre éparse, ésotérique et hétéromorphe qui porte le sceau ineffable de son auteur. Et rien que pour cela, Colour Out Of Space mérite bien quelques congratulations de circonstance. Inutile alors de préciser que l'on hâte - vraiment hâte - de revoir Richard Stanley derrière la caméra.


Note :
 14/20

sparklehorse2 Alice In Oliver