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Genre : Thriller, policier, giallo (interdit aux - 18 ans dans certains pays/interdit aux - 12 ans chez nous)

Année : 1972

Durée : 1h35

 

Synopsis :

En 1968, en France, une jeune fille est assassinée à coups de pierre par une personne mystérieuse, voilée et vêtue de noir. Quatre ans plus tard, à Venise, le sculpteur Franco Serpieri vit paisiblement avec sa maîtresse. Séparé de son épouse qui s'est installée à Londres, il reçoit fréquemment la visite de sa fille Roberta. Mais un soir, celle-ci ne rentre pas chez son père. Le lendemain, on retrouve son corps noyé dans un des canaux de la ville. La police se charge de l'enquête mais sans résultats. Franco, qui se sent responsable du drame, décide de se lancer seul à la poursuite du coupable.

 

La critique :

Vous allez sans doute pester sur ma petite personne, vu que j'enchaîne ici deux films du même genre, alors que je vous avais promis d'espacer les titres de mes différentes rétrospectives. Je peux tout à fait comprendre mais ce n'était pas censé se passer comme ça à la base. Car pour ceux qui savent, Cinéma Choc se plaît à un long cycle sur la Nouvelle Vague japonaise. Or, mon dernier visionnage, en dépit des qualités indiscutables du film, ne m'a pas semblé probant à être abordé sur le blog. Nous étions en fin de soirée et il me fallait un petit truc pas trop long avant d'aller me jeter dans les bras de Morphée. Le choix fut tout trouvé pour clôturer une journée de déconfinement parmi tant d'autres.
Certains grommelleront, tandis que d'autres diront que c'est toujours mieux pour finir vite ma rétrospective dédiée au giallo. Il est vrai que le stock a bien diminué mais nous n'en sommes pas encore à la fin, si jamais cela peut vous consoler (ou pas). Dans une introduction toujours aussi rébarbative, décrivons un peu mieux tout ceci. Le giallo, pour être bref, clair, net et concis, est défini comme le thriller policier à l'italienne. Ses particularités est qu'il mélange souvent le policier (merci Captain obvious !), l'horreur et une petite dose d'érotisme juste au cas où. 

Son inventeur défini est Mario Bava avec son La Fille qui en savait trop. Oeuvre fondatrice, elle possède la plupart des codes qui seront repris par nombre de cinéastes à venir. L'année suivante, Six Femmes pour l'Assassin introduisait le meurtrier masqué tenant une arme blanche dans sa main gantée de noir. Le tout début des années 70 entraîne un boom des sorties se succédant à cadence quasi industrielle. Une sortie par semaine en moyenne. Rien que ça ! Nombre de personnes se lancent dans le genre avec tout ce que cela comporte comme challenges divers. Certains réussissent, d'autres se plantent. Le monde est décidément bien fait. Bref, maintenant que nous nous sommes débarrassés de l'incompétence notoire de Umberto Lenzi, c'est à un autre réalisateur de prendre le relais, et je dois dire qu'il ne m'avait pas du tout laissé une bonne impression lors de ma première rencontre avec lui, il y a quelques années déjà, avec Le Dernier Train de la Nuit. Ceux qui le connaissent savent qu'il s'agit d'Aldo Lado, un homme qui, quoi que l'on en dise, a marqué le petit monde du giallo.
Pas vraiment en confiance, je plongeais toutefois dans une de ses plus célébrissimes oeuvres du nom de Qui l'a vue mourir ?. Les critiques soulignent sa bonne qualité globale. Le film s'est logiquement immiscé parmi les gialli à voir pour tout aficionados. Malgré tout, ma méfiance était de la partie au début.

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ATTENTION SPOILERS : En 1968, en France, une jeune fille est assassinée à coups de pierre par une personne mystérieuse, voilée et vêtue de noir. Quatre ans plus tard, à Venise, le sculpteur Franco Serpieri vit paisiblement avec sa maîtresse. Séparé de son épouse qui s'est installée à Londres, il reçoit fréquemment la visite de sa fille Roberta. Mais un soir, celle-ci ne rentre pas chez son père. Le lendemain, on retrouve son corps noyé dans un des canaux de la ville. La police se charge de l'enquête mais sans résultats. Franco, qui se sent responsable du drame, décide de se lancer seul à la poursuite du coupable.

A sa sortie, Qui l'a vue mourir ? ne ravit pas particulièrement la censure qui s'estomaqua quelque peu sur la principale thématique traitée. L'ultime animadversion (soit une interdiction aux moins de 18 ans) frappa sans attendre le film dans son pays natal, ainsi qu'en Angleterre. Interdiction visiblement toujours d'actualité mais info à prendre avec des pincettes. Cette réputation sulfureuse permit à Lado de s'enorgueillir d'un grand succès. La première séquence où nous voyons une charmante petite fille sauvagement tuée à coups de pierre permet de poser l'ambiance, en plus d'être particulièrement réussie. Après, sans mauvais jeux de mots, cette petite mise-en-bouche, l'action se poursuit à Venise. Venise ou la ville de l'amour avec ses gondoles, ses canaux serpentant et son célèbre carnaval.
Autant être direct, vous pouvez aller royalement vous faire voir chez les grecs (en toute sympathie) pour retrouver cette charmante cité. Cette ville qui n'est visiblement pas suffisamment poisseuse va être frappée par l'effroyable crime de la fille unique de l'artiste Franco. Le père s'estime être le grand fautif, celui qui l'a envoyé à l'abattoir pour retrouver sa dulcinée pour une petite partie de jambes en l'air. En affublant son tueur mystérieux d'une apparence féminine, Lado bouscule les codes qui voulaient que le sexe masculin ait épousé les pulsions criminelles. Une petite touche d'originalité tout ce qu'il y a de plus plaisante. C'est alors après la découverte du corps noyé qu'une chasse à l'homme va s'enclencher.

On ne pouvait échapper à la classique enquête policière qui patine, incapable de savoir par où commencer. Du coup, notre Franco, ravagé par la tristesse et la culpabilité, compte bien partir dans une sanglante vendetta. Ce qu'il va découvrir va le marquer profondément en son for intérieur. Pris au piège d'un engrenage malsain, il s'immisce dans la bourgeoisie vénitienne qui n'a apparemment plus aucun amour propre. Et c'est là que nous allons rentrer dans la partie, excusez-moi, la plus croustillante qui a eu raison de l'ire de la censure sur le film. Il est vrai que le fait que nous tenons ici un pédo-sadique n'est pas de bon ton pour la bienséance mais quand la sirène de la pédopornographie sonne, on sait que l'oeuvre risque de passer un sale quart d'heure. Alors, rassurez-vous car le film est légal. Le malaise se transmet par les dialogues qui pourraient en glacer le sang de plus d'un.
Nous ne nous situons quand même pas dans le jusqu'au boutisme de La Lame Infernale mais les points de comparaison sont évidents. La Venise froide et brumeuse fait de ses habitants des âmes hantant les lieux, se cachant d'on ne sait trop quoi. Tout le monde semble suspect, tout le monde semble dissimuler des noirs desseins. Indéniablement, Qui l'a vue mourir ? est une pointure pour retranscrire une atmosphère d'outre-tombe sur toute la durée. 

 

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Avec cet atout, Lado délivre plusieurs scènes fabuleuses entre la ronde des enfants prenant une tournure inquiétante, amplifiée par un habile jeu de caméras. La scène de l'enterrement et du coït où les protagonistes ont les yeux en larmes. C'est magnifique et ça ne sonne jamais faux ! La dernière partie de chasse est celle qui mettra le plus en évidence la Venise poussiéreuse. Et comme dans toute chronique de giallo, on ne pourrait faire l'impasse sur la qualité des meurtres. En l'état, ils sont très peu nombreux, Lado ne souhaitant pas dévier son histoire dans un délire gore. Cela n'empêche pas leur barbarie comme dans ce passage fantastique au cinéma qui vaut son pesant d'or.
Jusque-là, la chronique était enjouée et totalement opposée face au presque navet (précisons que ces dires n'engagent que moi) Le Dernier Train de la Nuit. Sauf que les zones d'ombres sont là et en particulier au niveau du scénario où des trous narratifs s'en ressentent, des maladresses dans le script qui nous laissent en ressortir content, certes, mais avec un arrière-goût pas des plus plaisants.

La question du visuel a suffisamment été décrit pour éviter de ratiociner davantage. Qui l'a vue mourir ? est un élève proche de la perfection. Changer l'aura de la belle Venise n'était pas l'ambition la plus accessible mais parvenir à l'assombrir au point qu'elle sonne un peu Silent Hill a de quoi susciter le respect. Outre les pièces en intérieur qui ne sont pas moches du tout, vous vous en doutez, les scènes en extérieur ne vous offriront pas la plus grande bouffée d'air frais que vous auriez pu avoir. Caméra adroite, les plongées sont un élément absolument génial. Encore une fois, on repense à la petite ronde qui sera le dernier jeu de Roberta. Mention aussi à une bande-son enfantine signée le grand Ennio Morricone mais à double-tranchant. Si nous félicitons la qualité de la partition, son utilisation parfois abusive tend à rendre le tout quelque peu énervant. Et on finira comme de coutume sur le casting qui est de manière globale de bonne qualité, surtout pour le père, si on excepte le cliché de l'inspecteur pataud qui ne comprend rien à ce qui se passe, au point qu'il dira que c'est l'affaire la plus compliquée qu'il lui ait été donnée de résoudre. C'est un peu facile ! En dehors de ça, rien à signaler de particulier. Citons Adolfo Celi, Peter Chatel, George Lazenby, Anita Strindberg, Dominique Boschero, Piero Vida et José Quaglio pour les principaux.

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A ma plus grande surprise, je suis sorti de là pris d'un engouement qui émergeait de deux points. Le premier est que j'ai pu retrouver des gialli de qualité après mon sombre passage chez le manche de Umberto Lenzi qui aurait mieux fait de se reconvertir dans autre chose. Le deuxième est que ma froideur digne de la Venise de Qui l'a vue mourir ? envers le cinéaste s'est évaporée avec succès. Alors, tout n'est pas parfait, c'est vrai ! Le récit ne sera pas le point le plus fort mais Aldo Lado se rattrape sur d'autres points que j'ai déjà cité précédemment. Mais on va le rappeler pour ceux qui ont été distraits lors de la lecture de ma sublime chronique ! L'atmosphère nébuleuse est ce qui va capter votre attention. Qui l'a vue mourir ? est un giallo à ambiance offrant un bon suspense à la clé, en plus d'une thématique spinescente qui ravira les cinéphiles borderline. Premier et déjà avant-dernier giallo made in Lado, on verra ce qu'il nous réservera dans son prochain cru. 

 

Note : 13/20

 

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