derrière la porte verte

Genre : pornographie, érotique (interdit aux - 16 ans/interdit aux - 18 ans selon les pays)
Année : 1972
Durée : 1h15

Synopsis : Dans une maisonnette du sud de la France, un homme, les yeux bandés, s'apprête à assister, moyennant finances, au viol rituel d'une femme mariée. 

La critique :

Lorsque l'on évoque l'univers corseté de la pornographie, il convient justement de distinguer deux grands mouvements dans cette industrie cinématographique. Certes, dans le documentaire Polissons et Galipettes (2002), les réalisateurs Michel Reilhac et Cécile Babiole rappellent que la pornographie existait déjà de façon officieuse via plusieurs courts-métrages tournés dès les premiers balbutiements du noble Septième Art. Mais ce n'est qu'à partir de l'orée des années 1970 que la pornographie actera - cette fois-ci de façon officielle - sa naissance. La lubricité, la débauche, les bacchanales et les parties d'agapes et de priapées débarquent dans une époque qui souhaite s'affranchir du diktat d'une société que certains individus jugent beaucoup trop impérieuse et rigoriste.
Conjointement, les femmes proclament les dernières absoutes du patriarcat et s'emparent du désir masculin.

Ainsi, certaines figures proéminentes du mouvement féministe deviennent les régentes absolutistes du milieu pornographique entre les années 1970 et 1980. La plupart des productions pornographiques, qui sont réalisées entre la lisière des années 1970 et le milieu des années 1980, mettent en exergue un couple épris de libertinage, et qui s'adonne sans sourciller aux polissonneries, au dévergondage, au triolisme, à l'échangisme, au saphisme et au candaulisme ; le tout sous la complicité incongrue du conjoint ou de la conjointe. Finalement, ce premier mouvement, issu de la pornographie, correspond à une sorte de délire orgiaque et fantasmatique.
Rien de bien méchant en somme. Puis, vers le milieu des années 1980 et avec l'ascension des vidéoclubs, l'industrie pornographique connaît une tangente rédhibitoire.

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Il n'est plus seulement question de badiner, de butiner (si j'ose dire...) ni de batifoler, mais de proposer des productions de plus en plus arrogantes et aventureuses, quitte à côtoyer les firmaments de l'indécence, du trash et de l'extrême ; un peu à la manière du Marquis de Sade en son temps à travers le manuscrit des Cent Vingt Journées de Sodome. Non, la pornographie moderne et contemporaine n'a rien inventé et s'inspire, in fine, des pratiques fétichistes et sadomasochistes déjà en vogue dès le XVIIIe siècle. Corrélativement, le féminisme a permis le divorce de masse, ainsi que l'égalitarisme à tous crins. Hommes et femmes se retrouvent amalgamés et sont finalement des figures analogiques, un didactisme qui dénature et gangrène la genèse du désir. 
Le phallus, ce curieux objet d'abandon et de dépravation, n'est plus cette figure de fascination archaïque de jadis.

Le public satyriasique réclame en catimini des productions pornographiques de plus en plus âpres et sulfureuses. Leur requête sera davantage ouïe par les producteurs via l'explosion d'Internet et de sites pornographiques qui pullulent sur la Toile. Indubitablement, en l'espace d'une quarantaine, voire d'une cinquantaine d'années, la pornographie a connu des fluctuations irrépressibles ; un mouvement qui profite à certaines figures prévalentes et autocratiques. Mais ceci est un autre sujet. Contrairement aux apparences, l'analyse de l'évolution du milieu pornographique offre une vue panoramique de notre société en déliquescence. Lors de ses premiers ânonnements, la pornographie se focalise presque uniquement sur le désir, les fantasmes et autres affabulations érotiques.
Selon les experts les plus chevronnés, c'est le film Derrière la Porte Verte, réalisé par la diligence d'Artie et Jim Mitchell en 1972, qui acte officiellement la naissance du genre pornographique.

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Ce long-métrage prodrome a donc parfaitement sa place dans les colonnes éparses de Cinéma Choc. Pour l'anecdote superfétatoire, le métrage est aussi l'adaptation d'un opuscule éponyme. Contre toute attente, Derrière la Porte Verte, soit Behind the Green Door dans l'idiome de Shakespeare, n'appartient pas à la mouvance underground. Mieux, il jouit d'une réputation flatteuse, non seulement dans l'industrie pornographique, mais aussi auprès des thuriféraires du noble Septième Art. Aujourd'hui, il est même répertorié parmi les films cultes et les grands classiques du cinéma.
A l'instar de Gorge Profonde (Gerard Damiano, 1972), Derrière la Porte Verte officialise la naissance du porno chic, soit l'âge d'or du porno. Aux yeux des amateurs patentés, cet âge d'or signe la quintessence du registre pornographique, une émulation qui perdurera jusqu'au début des années 1980, avant de péricliter subrepticement vers l'extrême, les bassesses et les vilenies en raison de l'explosion du support vidéo.

Evidemment, dans Behind the Green Door, les actes sexuels ne sont pas simulés. En raison de ses parties de luxure et autres débauches inhérentes, Derrière la Porte Verte écopera, de prime abord, de l'ultime réprobation, à savoir une interdiction aux moins de 18 ans. Curieusement, le film sera "seulement" (si j'ose dire...) interdit aux moins de 16 ans. Quant aux réalisateurs du film, les frères Mitchell apparaissent comme les pionniers de l'ère pornographique. Evidemment, Derrière la Porte leur permettra d'accéder à la notoriété. Dès 1969, ils ouvrent un théâtre qu'ils transmutent en cinéma pornographique. Puis, vers l'orée des années 1990, Jim Mitchell est accusé d'avoir assassiné son frère Artie. Ce crime l'expose durablement dans la sphère médiatique en dépit de ses dénégations.
La distribution de Behind The Green Door se compose de Marilyn Chambers, George S. McDonald, Johnnie Keyes, Elizabeth Knowles, Yank Levine, Toni Attell, Ben Davidson, Adrienne Mitchell, Dana Fuller et Dale Meador.

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Attention, SPOILERS ! (1) Deux chauffeurs routiers s'arrêtent dans un dinner et bavardent avec le cuisinier. Ils en viennent à lui raconter l'histoire de la fameuse Porte Verte : tout commence dans un hôtel avec une blonde jeune femme, ensuite enlevée par deux hommes qui l'amènent à un club où les participants sont masqués. Elle est bientôt sur scène, au centre d'une orgie, devant une assistance d'abord passive puis active. L'un des camionneurs – le narrateur de l'histoire - est dans le public. Tout cela a-t-il eu vraiment lieu ? (1) Certes, Derrière la Porte Verte érigera la popularité de Marilyn Chambers, une comédienne issue du mannequinat. A l'origine, l'actrice était peu enclin à tourner dans un film pornographique. Mais l'artiste est convaincue par certaines prises photographiques, ainsi que par la trame scénaristique du film. Car oui, Derrière la Porte Verte peut s'enhardir d'une trame narrative.

Certes, l'exégèse est plutôt laconique et s'approxime à un rite initiatique durant lequel une jeune femme pudibonde est caressée, enjôlée, puis transportée par les étreintes de ses nouveaux partenaires. Derrière la Porte Verte contient déjà tous les codes impériaux du genre pornographique. Dans le film d'Artie et Jim Mitchell, le spectateur est incessamment placé en tant que voyeuriste. Plus que jamais, la copulation s'apparente à un spectacle jubilatoire et orgasmique, dans lequel l'audimat est sommé de regarder, de scruter, puis de participer aux ébats sexuels. L'onanisme, le saphisme, le triolisme, le libertinage et le candaulisme sont évidemment de rigueur.
La félicité sexuelle, la jouissance et l'orgasme ultime restent les thématiques prédominantes, avant de dériver - dans un prologue final - vers des divagations psychédéliques. Oui, Derrière la Porte Verte peut s'enorgueillir d'une véritable empreinte artistique. A l'aune de ce film érotique/pornographique, le spectateur hébété ressentira sans doute de l'amertume. Aujourd'hui, la défloraison n'est plus le principal leitmotiv de ce registre impudent. Paradoxalement, en dépit de son obsolescence, Behind The Green Door a plutôt bien traversé et supporté le poids des années. A l'instar de Gorge Profonde (bis repetita), le film des frères Mitchell marque une date proéminente et reste l'un des meilleurs longs-métrage du porno chic.

 

Note : 15/20

Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/derriere-la-porte-verte-mitchell-mitchell

sparklehorse2 Alice In Oliver