La_Dame_Rouge_tua_sept_fois (1)

Genre : Thriller, policier, horreur, giallo (interdit aux - 16 ans)

Année : 1972

Durée : 1h39

 

Synopsis :

La famille Wildenbruch est maudite : tous les 100 ans, une membre est possédée par un être maléfique : la "dame rouge", et doit assassiner 7 personnes, en concluant par sa propre soeur. Kitty Wildenbruch se dispute violemment avec sa sœur Evelyne et la tue accidentellement. Plus tard, des meurtres se produisent, commis par une dame en rouge ressemblant à Evelyne.

 

La critique :

Tel du papier à musique, la plus grosse rétrospective qu'il m'ait été (et sera) donné de faire continue sur une lancée décidément beaucoup plus importante que je ne le pensais. Les potentielles personnes qui nous suivent devenues allergiques à l'avalanche de titres proposés risquent de souffrir de crises d'urticaire pendant encore un petit moment. Car vous n'êtes pas sans savoir que nous allons, pour une 6578ème fois, lorgner dans le monde du giallo, que l'on peut traduire par le qualificatif de thriller policier à l'italienne. Oui, ce genre désormais plus ou moins révolu, bien que certains réalisateurs y puisent encore leurs inspirations, qui vous agace depuis plusieurs mois.
Je ne sais pas s'il est encore de bon ton que je vous fasse la sempiternelle petite introduction que vous connaissez sans doute déjà par coeur et qu'au final vous ne lisez même plus. Néanmoins, nous ne pourrions faire l'impasse pour les hérétiques qui ne nous auraient pas encore découverts et pour qui le giallo n'en est pas encore devenu imbuvable par la seule cadence industrielle de mes chroniques, à l'instar de ces années 70 où le genre lui-même tournait à plein régime dans son processus de création de dizaines et de dizaines de pellicules. 

Le grand inventeur du style n'est autre que Mario Bava qui eut un beau jour l'idée de réaliser La Fille qui en savait trop. Novateur pour l'époque, il rassemble déjà la plupart des éléments qui seront repris par tous les futurs cinéastes qui se lanceront dans le giallo. Ce qui lui vaut d'être considéré comme l'oeuvre fondatrice. L'année suivante, Six Femmes pour l'Assassin impose ce qui sera peut-être l'élément le plus emblématique : le meurtrier masqué tenant une arme blanche dans sa main gantée de noir. Malgré tout, le giallo tournera dans un premier temps au ralenti avant que Dario Argento n'assène une onde de choc avec L'Oiseau au Plumage de Cristal qui sera le détonateur d'une explosion de films du même type. Si Cinéma Choc s'est un temps afféré aux billets des artisans les plus célèbres du giallo, il est temps maintenant de passer aux bonhommes beaucoup moins connus.
Et le premier qui aura la chance de faire son apparition dans nos colonnes est Emilio Miraglia. N'ayant réalisé à peine que six oeuvres dans sa vie, quatre verront le cinéaste utiliser le pseudonyme d'Al Brady. Les deux autres, qui sont aussi les plus célèbres, auront le véritable nom de l'esthète derrière elles. Pourquoi ce choix ? Nul ne le sait, mais nous ne sommes pas là pour disserter là-dessus. Et de ces deux pellicules, il sera question de ce qui est considéré comme son meilleur cru, j'ai nommé La Dame Rouge tua sept fois.

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ATTENTION SPOILERS : La famille Wildenbruch est maudite : tous les 100 ans, une membre est possédée par un être maléfique : la "dame rouge", et doit assassiner 7 personnes, en concluant par sa propre soeur. Kitty Wildenbruch se dispute violemment avec sa sœur Evelyne et la tue accidentellement. Plus tard, des meurtres se produisent, commis par une dame en rouge ressemblant à Evelyne.

Cependant, comme nous rentrons dans la couche plus profonde du giallo, moins commerciale si je puis dire, il est difficile de se prononcer sur l'éventuelle popularité. On peut de toute manière soupçonner qu'elle ne fut guère fulgurante, tout du moins chez nous, quand on songe aux Bava et Argento, aussi bons soient-ils, monopolisant toutes les attentions. Bien dommage mais bon on ne refait pas le passé ! Du propre aveu de Miraglia, il s'est inspiré de la célébrissime trilogie animale d'Argento regroupant L'Oiseau au Plumage de Cristal, Quatre Mouches de Velours Gris et Le Chat à Neuf Queues pour son nouveau bébé. Tout le danger était de sombrer dans un opportunisme malsain comme cela fut rencontré chez certains, visiblement plus préoccupés par le fait de se faire un nom que de se forger son propre style. Heureusement, cela ne sera pas le cas ici présent, même si certains ont décelés quelques accointances avec ce bon vieux Dario sans pour autant l'imiter.
L'histoire a le mérite de se démarquer des traditionnels tueurs en série puisqu'il est question ici de lorgner dans le conte gothique voyant sa source dans la superstition sanglante entourant la richissime famille Wildenbruch où il y est question de possession et de vengeance ténébreuse.

Malicieux, Miraglia va intégrer une atmosphère fantastique omniprésente, à la fois palpable et indéfinissable dans une Allemagne assombrie par les tourments de Kitty, dont le trauma infantile autour de la mort de sa soeur qu'elle a accidentellement tuée est prégnant. L'intrusion d'une dame vêtue de rouge tuant des innocents au hasard ne va qu'amplifier sa crainte d'être la dernière sur sa liste. La Dame Rouge tua sept fois étudie la psyché d'une femme dont l'emprise des croyances imaginaires est tenace et peut influer sur son mental. Dans la toute première séquence du film où une dispute éclate entre elle et sa soeur Evelyn, elle va goûter à la peur face au tableau maudit. Outre le traumatisme de l'enfance qui est une marque de fabrique "Argentesque", on retrouve les poncifs du genre qui sont une sordide bourgeoisie ravagée par la cupidité et le superficiel.
Les questions portant sur l'héritage, le monde de la mode avec tout ce qu'il comporte d'être et de paraître dévoilent un climat dérangeant. Les séances photo sensuelles et le raffinement vestimentaire sont aux antipodes de l'âme de tous ces protagonistes se fréquentant sans que l'on ne décèle une once d'amitié ou même d'humanité entre eux. La Dame Rouge va bouleverser ce microcosme dépravé, le faire redescendre de son piédestal où il se croyait intouchable. 

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Sous un scénario qui pourrait être de facture classique, La Dame Rouge tua sept fois épouse des thèmes plus originaux, rendant l'ensemble suffisamment singulier pour que nous puissions le distinguer du premier coup. La manière de mêler rationnel et irrationnel est un argument de poids. Une nouvelle dimension s'offre à nous par l'intrusion de ces éléments fantastiques, de cette cassure entre passé et présent qui se mêlent entre eux. L'intégration de certaines scènes oniriques amplifie la puissance du long-métrage comme lors du passage où la dame rouge, en surimpression, poignarde Kitty ou encore quand cette même dame court à toute vitesse vers la caméra dans un entrepôt désaffecté. Le cauchemar est à chaque recoin de la trame, susceptible d'emporter les malheureux qui se retrouveront dans le collimateur de la dame rouge qui n'épargnera pas ses victimes.
Ainsi, le film est beaucoup plus violent que la moyenne, multipliant les meurtres sauvages entre le crâne d'un pauvre homme fracassé contre une bordure ou une victime empalée sur une grille au niveau du cou. Miraglia est généreux dans la barbarie, ce qui devrait ravir les amateurs de gialli un peu plus corsés. En revanche, le revers de la médaille est que l'érotisme est peu présent. 

Il convient alors de préciser que le réalisateur ne s'est pas arrêté à l'aura méphistophélique de la dame rouge pour caser son oeuvre dans le registre de l'horreur et du fantastique. Aux environnements urbains classiques, il aime aussi filmer les décors baroques dans la nuit noire ou la crypte envahie de rats avec son lot de dédales souterrains qui renvoient aux grands classiques de l'épouvante. Quand bien même la manière de filmer est conventionnelle mais bien foutue et que la recherche esthétique ne provient que du milieu de la mode, le pari est amplement réussi sur ce point de vue. Pareillement pour la partition sonore de Bruno Nicolai que n'aurait pas renié Ennio Morricone.
Angoissante et inquiétante, elle se prête bien à l'ambiance mortifère du titre. Enfin, on soulignera une interprétation tout à fait correcte de la plupart du casting. Si certains sont quelque peu insipides, les plus importants permettront de redonner une bonne note. Les cinéphiles coquins râleront sans nul doute de ce potentiel érotique quelque peu ruiné alors que le taux de belles femmes est inhabituellement élevé. Parmi celles-ci, on retrouve Barbara Bouchet, Marina Malfatti, Pia Giancaro, Sybil Danning et Carla Mancini. Côté hommes, on peut mentionner Ugo Pagliai, Marino Mase, Nino Korda et Fabrizio Moresco.

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En conclusion, Emilio Miraglia peut se targuer d'avoir réussi son pari haut la main en réalisant un giallo de très bonne facture se distinguant de ses concurrents plus terre-à-terre. Oeuvre éminemment sympathique, elle expérimente, se construit son propre univers tout en s'émancipant de ses sources d'inspiration. Jamais le cinéaste ne fait voeu d'allégeance à l'opportunisme. S'il est vrai que l'on pestera sur quelques zones d'ombre scénaristiques et événements parfois pas super bien amenés, l'ensemble est suffisamment probant pour que nous passions une bonne soirée oppressante. Comme quoi, la scène confidentielle n'a pas à rougir des longs-métrages les plus connus et c'est exactement le cas avec La Dame Rouge tua sept fois. Sans être toutefois un incontournable absolu, il est plus que recommandable pour tout aficionados du giallo. Une bien belle surprise qui m'aura causé quelques difficultés pour parvenir à mettre la main dessus. 

 

Note : 15/20

 

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