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Genre : science-fiction, horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2020
Durée : 1h35

Synopsis : Une équipe scientifique sous-marine fait face à un tremblement de terre. Sous l'eau, ils vont devoir essayer de survivre.  

La critique :

Le cinéma de science-fiction a toujours prisé et encensé l'invasion extraterrestre, qu'elle soit explicite ou insidieuse. Au tout début de sa carrière, Steven Spielberg imagine des êtres affables, amènes, pacifistes et anthropomorphes. Impression corroborée par Rencontres du Troisième Type (1977) et E.T. L'Extra-Terrestre (1982). Mais le réalisateur thaumaturgique sera marqué à tout jamais par les attentats terroristes du 11 septembre 2001. Désormais, le monde entier ne scrutera plus les cieux de la même manière. Nos chers aliens ne sont plus des êtres avenants et croquignolets, mais des entités nanties d'intentions spécieuses et belliqueuses. 
Steven Spielberg adoptera un point de vue antagoniste avec La Guerre des Mondes (2005), un remake éponyme d'un vieux film de science-fiction de 1953.

Dixit les propres aveux de "Spielby" lui-même, l'auteur métronome s'est toujours passionné pour les vieux films de science-fiction des années 1950. Durant cette même décennie, l'invasion extraterrestre est corrélée avec les relents nucléaires de la Guerre Froide, ainsi qu'avec cette peur indicible de la bombe atomique. Sur le fond, les aliens bellicistes préfigurent cette menace rougeoyante et communiste. Certains témoignages sont formels et dogmatiques : des OVNIS (objets volants non identifiés) ont été aperçus dans la mystérieuse zone 51. Des films tels que Le jour où la Terre s'arrêta (Robert Wise, 1951), La chose d'un autre monde (Christian Nyby, 1952), Les survivants de l'infini (Jack Arnold et Joseph M. Newman, 1955), ou encore Les envahisseurs de la planète rouge (William Cameron Menzies, 1953) sont autant de longs-métrages iniques, partiaux et propagandistes. 

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Pourtant, toutes ces séries B subalternes vont inspirer toute une pléthore d'épigones, d'avatars et de remakes d'une qualité erratique. C'est par exemple le cas de La Chose d'un autre Monde qui fera l'objet d'une nouvelle version, The Thing (John Carpenter, 1982), quelques décennies plus tard. En sus, ces productions voluptuaires relatent, bon gré mal gré, cette impression malaisante et anxiogène qui exhale de la société occidentale après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et puis, il y a le cas d'Alien - Le Huitième Passager (Ridley Scott, 1979). Science-fiction et horreur sont de nouveau amalgamées au profit d'un huis clos spatial et anxiogène.
Cette fois-ci, les inimitiés se déroulent dans un vaisseau, le Nostromo, chargé de s'arrêter sur une planète, à la recherche d'une vie extraterrestre.

Hélas, après de multiples pérégrinations, l'équipage récupère à leur bord un organisme vorace et meurtrier, un xénomorphe. Cette nouvelle créature devient l'intrus à occire et à éliminer. Or, le chassé va bientôt devenir le chasseur. Encore aujourd'hui, Alien - Le Huitième Passager reste une figure prédominante du cinéma d'épouvante. On ne compte même plus les suites et les avatars qui ont découlé dans la foulée. Des titres tels qu'Alien 3000 (Jeff Leroy, 2004), Alien - La créature des abysses (Antonio Margheriti, 1989), Alien Vs Hunter (Scott Harper, 2007), Inseminoid (Norman J. Warren, 1981), ou encore Contamination (Luigi Cozzi, 1980) ont tenté de marcher dans le sillage du film de Ridley Scott, hélas avec beaucoup moins d'entregent et de sagacité.
Inutile alors de préciser que l'on n'attendait pas grand-chose - ou alors peu ou prou - d'Underwater, réalisé par la diligence de William Eubank en 2020.

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A la fois scénariste, metteur en scène et directeur de la photographie, William Eubank s'est illustré - notamment en tant qu'ingénieur - en supervisant les tournages de Collatéral (Michael Mann, 2004) et de Superman Returns (Bryan Singer, 2006). En tant que réalisateur, on lui doit Space Time - L'ultime Odyssée (2011) et The Signal (2014). En outre, le tournage d'Underwater débute dès 2017. Hélas, entre temps, la 21st Century Fox est racheté par Walt Disney. La firme hégémonique souhaite revoir la copie de William Eubank. Ce dernier est sommé de revoir les belligérances au profit d'un film de SF et d'horreur beaucoup plus guilleret.
Ce choix imposé ne sera pas sans conséquence. Après d'interminables louvoiements et atermoiements, le tournage se parachève en 2019.

En l'occurrence, les critiques font montre de pondération. Underwater ne serait qu'un ixième épigone d'Alien - Le huitième passager. Toujours la même ritournelle... Reste à savoir si le métrage de William Eubank justifie - ou non - son visionnage. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... La distribution du film se compose de Kristen Stewart, Vincent Cassel, T.J. Miller, Jessica Henwick, Mamoudou Athie, John Gallagher Jr. et Gunner Wright. Attention, SPOILERS ! (1) Dans la fosse des Mariannes, endroit le plus profond de la croûte terrestre, la société Tian Industries emploie de nombreuses personnes dans des stations sous-marines.
Après ce qui semble être un séisme, la station Kepler 822 est quasiment désintégrée. Norah Price, qui a donné l'alerte, est parvenue à se réfugier dans une zone protégée. 

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Seules quelques personnes ont survécu : l'expérimenté capitaine W. Lucien, le déjanté Paul Abel, l'étudiante en biologie marine Emily Haversham, son petit-ami ingénieur forage Liam Smith ainsi que le responsable système Rodrigo Nagenda. Piégés à plus de 10 000 mètres de profondeur, ils vont devoir survivre et tout tenter pour remonter à la surface. En plus de l'eau, ils vont affronter de mystérieuses créatures (1). Pour souvenance, le film Leviathan (George Cosmatos, 1989) psalmodiait déjà la recette éculée d'Alien - Le Huitième Passager. Pour Leviathan, on pouvait légitimement invoquer un "sous-Alien". Pour Underwater, il serait sans doute judicieux d'haranguer un "sous-Leviathan"... Et évidemment, ce n'est pas un compliment... Loin de là !
Au moins, la série B de George Cosmatos pouvait s'enorgueillir d'une certaine sobriété et surtout d'une relative impécuniosité.

Or, Underwater bénéficie de moyens plantureux pour un résultat assez médiocre au final. Un comble pour une production aussi dispendieuse... A sa décharge, le film de William Eubank a sans doute payé le rachat de la 21st Century Fox par Walt Disney. Car oui, Underwater est une production "Disney" ; ce qui n'est guère surprenant à l'aune du résultat final, beaucoup trop doucereux et croquignolet. Manifestement, Hollywood gage désormais sur des héros féminins qui chipent la vedette à la testostérone masculine. Ici, c'est Kristen Stewart qui paraphrase - tel un pantomime - le jeu de Sigourney Weaver dans... (roulement de tambour et de cymbales...) Alien - Le Huitième Passager.
Hélas, et vous vous en doutez, la métaphore s'arrête bien là. Dommage car les intentions d'Underwater sont présentes via cette volonté de claustrer les divers protagonistes (ainsi que le spectateur) dans les profondeurs et les anfractuosités de l'océan. Cependant, le constat est amer, presque dogmatique. Nonobstant ses aspérités matoises, Underwater ne parvient jamais à nous happer à la gorge et s'approxime - in fine - à une copie éhontée de... Qui ? Oui, vous avez deviné... (encore les roulements de tambour...) 
Il s'agit encore d'Alien - Le Huitième Passager. Seule petite consolation, Underwater n'est pas non plus une production calamiteuse et peut au moins s'enhardir d'images onctueuses et soyeuses. Hélas, cette relative embellie ne sauve pas le film du naufrage dans lequel il s'est engouffré dès le début du tournage.

 

Note : 08/20

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Underwater_(film)

sparklehorse2 Alice In Oliver