Doomsday_Book

Genre : Fantastique, science-fiction, horreur (interdit aux - 12 ans)

Année : 2012

Durée : 1h53

 

Synopsis :

Une anthologie composée de trois récits tissés autour d’une thématique commune, la fin du monde, et s’apparentant à un genre différent (l’horreur, la science-fiction, l’humour).
- Un chercheur solitaire, se rend à un rendez-vous avec une jeune fille sexy, tandis que les rues de Séoul sont prises d’assaut par des zombies.
- Dans un monde où les machines ont remplacé le travail humain, le robot RU-4 s’émancipe intellectuellement, provoquant peur et respect.
- Une famille aisée s’enferme dans un abri antiatomique suite à l’annonce d’un météore se dirigeant vers la Terre.

 

La critique :

C'était inévitable, après quelques jours, de revenir titiller votre envie et stimuler l'agacement de certains qui auraient développés une allergie à mes trois longues rétrospectives toujours en cours, quoiqu'il ne reste malgré tout, avec un peu de recul, plus autant de pellicules dans chaque cycle de ma petite liste. Après, il s'agira pour certains de prendre encore leur mal en patience et vous m'en voyez sincèrement navré. Au moins, vous pouvez vous consoler que je prend mes projets très au sérieux et que je ne tiens pas à les torcher en moins de deux. Que soit, les plus attentifs pourraient légitimement sauter en l'air à l'aune de cette énième chronique du cycle consacré au cinéma coréen. La raison étant que j'avais dit dans le billet coréen ultérieur que nous en étions à l'avant-dernier avant que nous ne clôturions cette épopée. Exception faite logiquement pour les futures sorties.
SAUF QUE, dans toute mon incompétence crasse, j'ai omis une oeuvre que j'ai vu il y a fort longtemps et dont le visionnage m'avait plutôt agacé. Il va sans dire que je n'avais pas la même perception du cinéma que maintenant donc je me suis dit que relever le challenge en chroniquant le seul film coréen jusqu'à présent que j'aurais noté avec une note inférieure à 10/20 serait cocasse pour finaliser le travail. Je ne révélerai bien sûr pas son identité ici pour garder la surprise.

Allez, ne pleurez pas ! Cela ne fait jamais qu'un seul film en plus donc pas de quoi fouetter un chat. Surtout que le Septième Art coréen n'est pas le plus dégueulasse du monde au vu de sa popularité ayant exploser depuis qu'il se soit révélé dans l'artisanat de thrillers musclés et sans concessions mis en scène par toute une pléthore de démiurges dont la réputation n'est plus à mentionner. Park Chan-Wook, Na Hong-jin, Bong Joon-ho sont autant de figures majeures, monopolisant parfois un peu trop les attentions à l'international quand on voit des titres plus confidentiels mais qui n'ont en rien à rougir face à ces titans. Et en parlant de titans, nous irons nous jeter dans les bras de l'un de ceux-là car Kim Jee-Woon revient encore sur Cinéma Choc. Mais pas tout seul car il est associé avec Yim Pil-Sung qui est connu chez les thuriféraires pour avoir réalisé Antarctic Journal en 2005.
Les deux comparses se sont jetés dans un projet casse-gueule de film à sketches du nom de Doomsday Book. Une anthologie de trois moyens-métrages mis bout à bout et tous centrés sur la fin du monde. Pourtant, ce que vous avez là a bien failli ne jamais voir le jour, en raison de la faillite de son producteur principal. Pour ne rien arranger, les deux cinéastes avaient besoin de sommes financières plus importantes que prévues. Indirectement de sa volonté, c'est Jee-Woon qui permettra à cette chrestomathie de voir le jour suite à la consécration obtenue avec I Saw The Devil

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ATTENTION SPOILERS : Une anthologie composée de trois récits tissés autour d’une thématique commune, la fin du monde, et s’apparentant à un genre différent (l’horreur, la science-fiction, l’humour).
- Un chercheur solitaire, se rend à un rendez-vous avec une jeune fille sexy, tandis que les rues de Séoul sont prises d’assaut par des zombies.
- Dans un monde où les machines ont remplacé le travail humain, le robot RU-4 s’émancipe intellectuellement, provoquant peur et respect.
- Une famille aisée s’enferme dans un abri antiatomique suite à l’annonce d’un météore se dirigeant vers la Terre.

Si le nom de Yim Pil-Sung ne sera pas le plus vendeur, avoir derrière ce projet Kim Jee-Woon ne peut logiquement qu'augmenter le niveau de confiance, surtout quand le bonhomme a largement démontré son potentiel l'année précédente et plus encore avant avec A Bittersweet Life et 2 Soeurs. Seulement, il y a que l'inconvénient du film à sketches est son irrégularité en termes de qualité. Il n'est pas aisé de fournir chaque segment qualitativement du même niveau. On peut vite déboucher sur un résultat en dents-de-scie, la faute à des idées pas suffisamment abouties ou tout simplement mal amenées. Se lancer dans une anthologie est donc toujours un pari risqué pour le cinéphile s'il désire passer une bonne soirée. En ce qui me concerne, mis à part Les Contes de Canterbury de Pier Paolo Pasolini, je n'ai pas de souvenir d'un recueil de valeur similaire entre chaque chapitre. Le palmarès des récompenses et des nominations a pourtant de quoi mettre en confiance avec à la clef le Grand Prix au Festival Fantasia et celui du meilleur film de science-fiction au Festival de Toronto.
Ma circonspection était néanmoins de mise, de peur de tomber sur le syndrome du "beaucoup de bruit pour pas grand chose", sans compter les déboires pour aboutir au projet finalisé. En effet, pour la dernière histoire, un troisième réalisateur nommé Han Jae-Rim fut contacté avant que le tournage ne soit annulé pour avoir le récit mis en stand-by. Pil-Sung s'attellera donc au premier et troisième métrage. Voyons maintenant en détail chacun des épisodes.

Le premier, intitulé Brave New World, est axé sur l'horreur pure tout en intégrant quelques éléments comiques. Un scientifique un peu victimisé par la vie jette le contenu d'un pot dans une poubelle. Un acte banal s'il en est mais il semblerait que quelque chose aurait transformé le contenu en une saloperie qui, recyclé en grains pour la consommation des vaches, elles-mêmes destinées à sustenter les humains, provoque de sérieux troubles chez les individus qui en ont mangé. Les premiers épisodes laissent apercevoir des symptômes grippaux avant que la maladie n'évolue pour transformer les malchanceux en zombies. Alors que l'infection se répand comme une traînée de poudre dans Séoul, le scientifique et la dame qu'il convoitait au restaurant mutent aussi en ces êtres diaboliques pour finir par être représentés comme Adam et Eve. Cette revisite du mythe du zombie à la sauce Pil-Sung mêle la contamination et la comédie satirique, confirmant l'esprit de ce spicilège sur la question de l'esprit de fin du monde. Si les bonnes idées sont de la partie, un goût de trop peu, sans jeux de mots quelconque, se laisse entrapercevoir. Qui plus est, le comique est souvent mal amené et manque de subtilité. Au final, une histoire de zombies correcte mais très dispensable. 

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N'allons pas par quatre chemins, le deuxième segment du nom de Heavenly Creature et réalisé par Kim Jee-Woon est indéniablement le plus fascinant et abouti. Le réalisateur s'embarque sur les pistes escarpées de l'émancipation de la robotique du joug humain. L'univers dans lequel nous nous trouvons a mis les robots au centre de la société et ce même dans les professions religieuses, en l'occurrence un temple bouddhiste. Dans ce lieu sacré, un technicien est contacté par l'éminence du monastère déclarant que le robot à leurs côtés a atteint l'Illumination. Un état inaccessible à l'homme et que seul Bouddha aurait atteint. Ce robot suscite alors la fascination des fidèles persuadés d'être face à un Dieu mécanique capable de raisonner en transmettant la pensée même de leur Dieu suprême. L'esprit cartésien des ingénieurs va se heurter aux croyances et à l'ouverture d'esprit des bouddhistes, tandis que le technicien dépêché va se retrouver devant un cas de conscience.
Face à la peur de l'Homme d'être dépassé par la machine (chose plus ou moins déjà faite dans l'absolu quand on y pense), il n'aura d'autre choix que de recourir à la manière forte pour ne pas tomber de son piédestal. Vous l'avez compris, on tient un récit éminemment complexe où la part belle est faite à la théologie et au Nirvana. Le revers est qu'il sera plus difficilement compréhensible pour nous Occidentaux mais cela n'enlève en rien sa grande intelligence. La déception est qu'une adaptation en long-métrage aurait été encore mieux.

Pour finir, Pil-Sung revient pour mettre un point final avec son Happy Birthday. Alors que le synopsis laisse présager une histoire de facture classique, on va vite dévier dans une comédie complètement barrée à mesure que l'histoire avance. La comète se dirigeant sur Terre n'étant rien de plus qu'une gigantesque boule de billard. Comment en est-on arrivé à ça ? Les réponses à vos questions seront apportées. Certes, on apprécie l'audace que n'aurait pas renié les cinéastes japonais perchés. Sauf que nous ne nous sommes pas convaincus par le concept. Si le réalisateur essaie de crédibiliser son idée par la physique quantique afin de rationaliser la situation, il oublie certaines choses. Comment une boule de billard aurait pu atteindre une taille de 10 kms de diamètre ?
C'est le genre de choses qui me dérange fortement quand on décide d'intellectualiser de l'absurde pour au final ne pas gérer le sujet au point qu'il en devient alambiqué. Ca casse le délire. Là encore, l'humour fonctionne parfois mais pas tout le temps. Cependant, une certaine sympathie s'en dégage.

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Le point positif d'une chrestomathie est d'avoir une plus grande facilité à varier ses caractéristiques esthétiques. Et comme attendu, chaque partie a une identité visuelle propre. Une capitale plongée dans la nuit avec toutes ses institutions nocturnes où la vie sociale bat son plein, un temple sacré et ensoleillé et un abri antiatomique avec quelques scènes sur le monde extérieur. L'ensemble fonctionne, la caméra est satisfaisante dans sa manière de filmer les espaces. Les éclairages, surtout dans Heavenly Creature, suscitent le respect. On pourra, par contre, pester sur des CGI un peu grossiers et cela concernera Happy Birthday. Pour ce qui est du son, c'est bon mais pas transcendant.
On y fait à peine attention à vrai dire. Enfin, le casting se débrouille un minimum mais les personnages manquent souvent cruellement de consistance. On citera Ryoo Seung-bum, Koh Joon-Hee, Ma Dong-seok (on le préférera amplement dans Dernier Train pour Busan), Kim Kang-woo, Kim Gyu-Ri, Song Sae-Byeok, Hwang Hyo-Eun et... Bong Joon-ho qui est bien meilleur derrière la caméra que devant.

Doomsday Book est donc une oeuvre inégale qui déçoit sans pour autant que nous ne hurlions à quelque chose de mauvais. Le fait de prendre la fin des temps pour thématique centrale était judicieux mais toute la problématique est que le génie soit omniprésent. Or, il ne sera rencontré que dans la deuxième partie. Ce qui est bien maigre alors que le potentiel, dans les deux autres, était là. Il est vrai que Pil-Sung n'est pas Kim Jee-Woon (ce qui ne veut pas dire que c'est un manche) donc ce ne fut guère surprenant. Evidemment, il serait bien vachard de décrier ce travail se situant dans la plus stricte moyenne. Quelque part, je me dis que ce n'est pas un mal de retarder momentanément la fin de ma rétrospective pour éviter de rester sur une note peu encourageante pour justifier son visionnage.
Les aficionados de cinéma coréen s'y jetteront sans doute dessus mais on n'ira pas jusqu'à le recommander à tout un chacun, sauf, encore une fois, le deuxième chapitre qui vaut plus que le simple coup d'oeil. Il va sans dire que sans lui, Doomsday Book aurait encore chuté dans sa note qui n'est déjà pas fameuse. Une petite amertume.

 

Note : 12/20

 

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