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Genre : Drame, thriller, policier (interdit aux - 16 ans)

Année : 2002

Durée : 2h

 

Synopsis :

Ryu est un ouvrier sourd et muet, dont la soeur est en attente d'une opération chirurgicale. Son patron, Dongjin, est divorcé et père d'une petite fille. Young-Mi, la fiancée de Ryu, est une activiste gauchiste. Lorsque Ryu perd son emploi et voit diminuer les chances d'opération de sa soeur, elle lui propose de kidnapper la fille de Dongjin. La rançon obtenue servirait à pouvoir soigner la soeur de Ryu. Mais le plan parfait tourne à la catastrophe.

 

La critique :

Cette fois, nos malheureux lecteurs qui étaient sous Zyrtec peuvent définitivement se réjouir. Ce jour marque enfin la fin de cette longue et douloureuse rétrospective consacrée au cinéma coréen sur Cinéma Choc. J'avais conscience que vous deviez être nombreux à être au bord de la crise d'apoplexie chaque fois que vous voyiez une pochette avec son lot de noms à consonance coréenne. "Quand allais-je arrêter de vous faire ch*er avec ce pays ?" fut l'une de ces nombreuses questions que vous vous posiez sur mon travail global. Mais tout cycle qui se respecte se doit d'être un minimum fourni afin que ne se développe pas le syndrome de poudre aux yeux qui a déjà fait tant de ravages auparavant. Bien sûr, entendons-nous bien que l'intégralité du Septième Art national n'est pas présent sur le site, compte tenu du nombre d'oeuvres inédites dans nos contrées ou tout simplement suffisamment rares pour que nous ne puissions y avoir accès, ou encore trop chères pour mon salaire d'étudiant encore inexistant.
Entendons-nous bien que ce jour ne marquera pas la disparition totale de la Corée du Sud du paysage hétéroclite du blog. Il est d'évidence que les sorties à venir ne pourront échapper définitivement à notre oeil avisé. Preuve en est avec Peninsula que j'attends de pied ferme au moment de la rédaction de cette chronique et dont la sortie vient d'être malheureusement repoussée au mois d'octobre en raison de la crise du Covid-19. 

Dans tous les cas, la fréquence sera beaucoup plus rare que d'accoutumée, ce qui, je pense, ne devrait pas trop vous déranger vu la cadence de ces dernières semaines. Il faut savoir se remettre de ses émotions n'est-ce pas... Bref, je crois qu'il n'est plus si utile que ça de féliciter ce pays pour son approche beaucoup plus efficace du thriller, en comparaison d'une aseptisation évidente de la scène grand public occidentale. Amatrice de noirceur, d'un niveau de violence plus élevé, son pedigree remplissait aisément le cahier de charges de votre blog préféré (rires !) qui a été renâclé un peu çà et là, sans se cantonner aux noms les plus connus, dans un but de sortir des pellicules du triste anonymat dans lequel elles se trouvent, tout du moins chez nous. Toutefois, la conclusion inespérée de cet éprouvant cycle se fera avec un nom bien connu des laudateurs qui est Park Chan-Wook.
Homme qui n'est plus à présenter et qui fut l'instigateur du boom du cinéma coréen à l'international avec son cultissime Old Boy. Deuxième segment de sa "Trilogie de la Vengeance" il sortit un an après Sympathy For Mr. Vengeance et deux ans avant Lady Vengeance. A la grande surprise de certains, Cinéma Choc n'avait pas encore complété la trilogie. Chose qui sera enfin faite aujourd'hui. 

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ATTENTION SPOILERS : Ryu est un ouvrier sourd et muet, dont la soeur est en attente d'une opération chirurgicale. Son patron, Dongjin, est divorcé et père d'une petite fille. Young-Mi, la fiancée de Ryu, est une activiste gauchiste. Lorsque Ryu perd son emploi et voit diminuer les chances d'opération de sa soeur, elle lui propose de kidnapper la fille de Dongjin. La rançon obtenue servirait à pouvoir soigner la soeur de Ryu. Mais le plan parfait tourne à la catastrophe.

Certains se demanderont comment un film aussi connu que celui-là a tardé à intégrer nos colonnes. Il y a deux raisons à cela. La première est que je l'avais oublié à cause de la plus importante qui est que mon premier visionnage s'était mal passé. Il faut alors remonter au moins cinq ans en arrière. A cette époque, je faisais mon entrée dans le monde merveilleux de la cinéphilie. Ma perception n'était pas la même qu'aujourd'hui. Mes attentes étaient différentes, mes goûts aussi et surtout mes connaissances encore très précaires. Etant ressorti comblé d'Old Boy, je plaçais de beaux espoirs sur son Sympathy For Mr. Vengeance, espérant y retrouver la même puissance de frappe. Hélas, la douche froide fut de mise et je boudais alors Chan-Wook, ne visionnant que des années plus tard Lady Vengeance. La très bonne séance que je passais devant m'incita à réfléchir sur une deuxième chance à accorder au premier chapitre de la trilogie. De toute évidence, j'avais évolué dans mes exigences et me vint une idée lumineuse. "Et si j'achevais ma rétrospective avec Sympathy For Mr. Vengeance qui fut le seul film coréen que je n'avais pas aimé à ce jour ?".
Amateur de prises de risques, j'optais pour ce pari que je trouvais judicieux après un Doomsday Book en dents-de-scie qui n'aurait pas finalisé de la meilleure des manières mon travail. La circonspection était logiquement de mise hier soir mais l'air de rien, j'avais hâte.

Et je me rends compte que j'ai bien fait de me réconcilier avec mes vieux démons au vu de l'étonnante richesse que j'avais laissée passer il y a approximativement cinq ans. Sympathy For Mr. Vengeance, un titre noir pour un contenu tout aussi noir où il est question de désespoir. D'abord au niveau de la situation sociale de tous ces prolétaires qui ne sont que des pièces interchangeables pouvant être virées visiblement sans préavis. Au mal-être économique se conjugue le mal-être physique de Ryu, jeune garçon sourd muet aux cheveux bleus-verts, qui ne peut décemment communiquer comme un être humain normal avec sa compagne, une jeune fille très engagée à gauche luttant contre le néolibéralisme et l'influence américaine (ce qui est tout à son honneur). Ce bien-être sentimental n'est pourtant pas suffisant car d'autres sentiments sont mis à mal, la soeur de Ryu étant gravement malade.
Cette relation que l'on s'imagine fusionnelle va être le déclencheur d'un drame sans précédent, Ryu ne pouvant accepter de perdre sa soeur. Chan-Wook va confirmer bien avant l'heure l'attrait du thriller coréen pour le jusqu'au boutisme, la véritable tragédie où personne ne sort gagnant de ce jeu de rôle pervers qu'est la vie guidée par un fil imperceptible et insidieux, pour peu que l'on se décide à enfreindre les limites de l'illégalité.

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Le réalisateur va confronter un tandem de personnages haut en couleurs. D'un côté ce couple composé de Ryu et Young-mi qui se lanceront corps et âme dans le kidnapping d'une petite fille pour exiger une rançon suffisante dont la finalité est de remettre la soeur sur pied. De l'autre, le père divorcé, d'un statut social élevé au vu de sa place de chef d'entreprise. Chan-Wook brouille cette limite entre le bien et le mal car aucun de ceux-ci ne peut revendiquer être totalement intègre. Il ne déshumanise pour autant pas Ryu et sa copine qu'ils représentent comme les victimes d'un drame auquel ils n'arrivent jamais à se rattacher pleinement. De son côté, Dong-jin semble peu intéressé du sort de ses employés qu'il vire sans se soucier de leur futur. Néanmoins, lui non plus n'est pas un monstre et il est même le genre de gars seul que l'on a envie d'aider. Le long-métrage va se diviser en deux parties bien distinctes.
La première partie s'attelle à présenter ce couple échafaudant un plan minutieux où jamais il ne sera question de semer le mal, d'user de mauvais traitements. Ils ne sont ni psychopatiques, ni d'effroyables meurtriers à punir. Une réelle sympathie se dégage d'eux, une compassion de tous les instants qui fait que nous n'arrivons pas à les condamner, pris dans leur destin poignant, quand bien même l'inéluctable se produira. A partir de ce moment, la chute dans l'horreur totale mettra à jour la deuxième partie où Dong-jin en sera le protagoniste essentiel, parti en croisade vengeresse contre les kidnappeurs.

Dominé par une tristesse sans nom, la chose la plus intolérable qui puisse arriver à un parent, il ne peut contenir sa haine aveugle qui ne lui fait pas prendre conscience du mauvais jugement dans lequel il s'enfonce. Si les choix pris sont responsables de la fin de chaque personnage, il n'en sont pour autant pas les seuls sur qui les accusations peuvent être pointées. Le hasard, la malchance sont des facteurs à prendre en compte traduisant l'empathie d'un couple qui en vient à regretter amèrement son geste. Cependant, le mal est fait et c'est vers l'impasse que le fil de chaque vie va aboutir. Ils seront seuls coupables de leur propre destruction. Indéniablement, Sympathy For Mr. Vengeance dérange à mesure que la folie meurtrière s'empare de chacun, aboutissant à des scènes d'une extrême cruauté où la barbarie est filmée de manière frontale. Pourtant, celle-ci n'est pas bêtement gratuite et relève plus d'une forme de catharsis, d'une douleur mentale qu'il s'agit d'exorciser même par les moyens les plus discutables. On s'interroge sur la notion de justice personnelle qui est à des années-lumière d'apporter la plénitude à celui qui a décidé de l'épouser. Vous êtes alors en train de vous dire ce qui a pu se passer pour que je ressorte de la séance dépité, au point de mettre une note négative.
La raison se trouvant dans une mise en scène privilégiant avant tout la lenteur d'action, un rythme beaucoup plus posé que les deux films suivants. A cette époque, ce n'était pas le genre d'argument vendeur et contre toute attente, cela ne m'a aucunement dérangé sur ce coup. Ce qui fait que mes craintes n'ont pas tardées de s'évaporer, même si quelques passages à vide se feront ressentir.

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Sympathy For Mr. Vengeance est un inconditionnel des plans fixes que Chan-Wook filme avec une grande dextérité. Chaque scène offre son lot de détails remplissant le cadre, que cela passe par des choix esthétiques, des mouvements naturels ou non. Les décors sont riches, de sorte que contempler l'image dans son entièreté sera très fréquent. Les éclairages seront aussi fortement appréciables. Sur la question de la bande son, celle-ci est pour ainsi dire inexistante, même dans les moments de forte puissance dramatique. Vous pouvez alors vous faire une joie de ne pas avoir les oreilles parasitées par les douloureuses notes de violon. Nous pourrons compter sur un casting de bon goût à commencer par ce bon vieux Song Kang-ho qui montrait déjà tout son potentiel en 2002, campant un rôle fort de père impuissant face à l'innommable. Suivent ensuite Shin Ha-kyun et Bae Doo-na qui font fleurir un attachement de notre part à leur égard. Pourtant privé de la voix, Ha-kyun parvient à transmettre ses états d'âme via des expressions faciales criantes de vérité, sans ne jamais surjouer une seconde. On citera également les présences de Ji-Eun Lim, Han Bo-Bae, Lee Dae-yeon, Ki Joo-Bong et Se-dong Kim.

Ce dernier paragraphe servant toujours de conclusion peut alors annoncer que notre "petite" épopée coréenne se clôture, permettant très certainement la fin de vos crises d'urticaire. Mais comme je l'ai dit, sauf exceptions ou nouvelles sorties, la Corée du Sud est partie ici pour une pause bien méritée, s'effaçant un temps des dernières actualités de Cinéma Choc. Je ne peux cacher mon euphorie de pouvoir clore ce pan de ma vie de chroniqueur avec succès, me réconciliant ainsi avec un film que j'ai honni durant trop longtemps. Sympathy For Mr. Vengeance est la preuve que les goûts d'une personne ne sont pas statiques dans le temps et que ceux-ci peuvent prendre racine sur des sols nouveaux.
A travers ce billet à mi-chemin entre la chronique pro et une autobiographie dont vous vous foutez certainement tous comme de votre premier pipi du matin, je peux vous dire de vive voix que Sympathy For Mr. Vengeance est un très bon cru sans concession quelconque, choquant de par sa radicalité et d'une grande complexité dans les rapports sociaux. On pourra dénoncer l'une ou l'autre baisse de régime et le monde de l'activisme politique bien trop sous-exploité mais le résultat final mérite de s'y attarder. Une mauvaise expérience devenue un nectar savoureux, n'est-ce pas beau ?

 

Note : 15/20

 

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