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Genre : Thriller, drame, giallo (interdit aux - 12 ans)

Année : 1971

Durée : 1h41

 

Synopsis :

L'histoire d'Alan Cunningham, un noble traumatisé par sa vie auprès de sa femme Evelyne, et de la mort de celle-ci. Il doit faire alors un séjour en hôpital psychiatrique. A sa sortie, il se venge sur les femmes ressemblant à Evelyne.

 

LA Critique :

Si la Corée du Sud a enfin fini son show pour jouir d'une retraite momentanée bien méritée, il serait fort maladroit d'oublier qu'il reste encore deux précieuses rétrospectives en cours qui vous accompagneront durant encore un petit moment. Rassurez-vous, le tunnel n'est toutefois plus très loin pour que vous puissiez enfin sabrer dignement le champagne. Ainsi, restent encore dans la danse d'une part la Nouvelle Vague japonaise que je louange depuis ma première incursion et d'autre part ce courant transalpin qui commence par G et se finit par O. Un indice : il y a deux L dans le même mot. Ne faisons pas durer le suspense plus longtemps car vous savez pertinemment bien que le giallo effectue un 857ème retour dans les colonnes éparses de Cinéma Choc. Point d'importance, il n'est plus question de flâner dans la filmographie des plus célébrissimes réalisateurs du genre mais de partir à la rencontre de ceux qui ont eu moins de chance de se faire connaître à l'international.
Car toute rétrospective digne de ce nom ne peut se cantonner aux noms les plus connus sans approfondir un peu plus son sujet. Cette seconde étape de mon projet a commencé pas plus tard que lors de la chronique précédente où Emilio Miraglia vit nos projecteurs braqués sur lui avec La Dame Rouge tua sept fois. Flanqué d'une triste confidentialité, le film pouvait s'enorgueillir d'une très bonne qualité qui n'avait pas à le faire rougir devant les plus grands classiques. 

Ayant eu vent très tardivement d'une autre incursion de Miraglia dans le giallo, je ne pouvais l'ignorer, comblé par ce qui est considéré comme son meilleur cru. Cette toute première expérimentation eut lieu l'année précédente, soit en 1971. Vous m'excuserez alors d'avoir suivi un schéma antichronologique. L'heure est aux présentations de L'Appel de la Chair, parfois appelé Evelyne est sortie de sa tombe, ce qui, d'un point de vue purement subjectif, est nettement plus séduisant que le nom officiel. Le cinéaste a la lourde tâche de se démarquer dans la pleine époque du boom du giallo qui fut initié avec la sortie de L'Oiseau au Plumage de Cristal de Dario Argento qui relançait un genre créé par Mario Bava, d'abord avec La Fille qui en savait trop et puis l'année suivante avec Six Femmes pour l'Assassin. Deux longs-métrages qui seront vénérés par toute une génération de bonhommes avides de se lancer eux aussi dans le cinéma d'exploitation. Hélas, le giallo ne tardait pas à montrer très vite ses limites et surtout son utilisation abusive, si ce n'est industrielle, tant les sorties s'enchaînaient à une cadence folle. Certains se contentaient de voler au ras des pâquerettes, d'autres avaient plus d'ambitions. Où pouvait se situer Miraglia en 1971 selon vous ?

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ATTENTION SPOILERS : L'histoire d'Alan Cunningham, un noble traumatisé par sa vie auprès de sa femme Evelyne, et de la mort de celle-ci. Il doit faire alors un séjour en hôpital psychiatrique. A sa sortie, il se venge sur les femmes ressemblant à Evelyne.

Certes, la mode était plutôt aux enquêtes policières sur des tueurs insoupçonnables semant la mort dans leur sillage. En ce point, L'Appel de la Chair va se démarquer de la production actuelle par sa simple écriture scénaristique. Premier point d'importance, le tueur est directement révélé mais fait, en plus, office d'antihéros. Cependant, il n'est pas représenté comme un criminel sanguinaire qui se languit du sang coulant du corps de ses victimes exhalant leur dernier soupir. Déclaré mentalement instable depuis la trahison et la mort de sa tendre et chère Evelyne, Alan est atteint de troubles dont la définition psycho-clinique m'échappe. Arpentant le monde de la nuit, il part à la recherche de femmes au physique similaire à son épouse décédée pour les amener dans son manoir lugubre où il se plaît à leur faire porter des bottes en cuir. Dès cet instant, elles auront scellé leur destin car Alan, dominé par ses pulsions triviales, pourra aller jusqu'à les tuer si le portrait d'Evelyne apparaissant en hallucination ne finit par le faire revenir à un état, je dirais, normal. L'idée de placer le tueur plus que jamais au centre de l'histoire en sondant sa psyché est un pari pour le moins judicieux contrastant avec les tendances de l'époque. D'autant plus qu'il fait partie intégrante de la caste bourgeoise qui a toujours été férocement critiquée par les cinéastes du genre.

Et les diatribes habituelles seront de la partie. L'aristocratie est représentée comme cupide, mesquine, dépravée et prête à tout pour ses intérêts. Se complaisant dans l'artificiel, le superficiel et la luxure, elle n'a cure des valeurs élémentaires de respect et de savoir-vivre. Pourtant, Alan ne sera pas la cible de Miraglia sur ce point. Il ne fait pas étalage de sa fortune, sa personnalité ne pue pas l'arrogance et la prétention. Victime d'un traumatisme passé, il est aussi victime de son entourage convoitant sa fortune, son patrimoine immobilier, ses terres et toute possession alléchante pour gagner en importance aux yeux du monde. En fin de compte, L'Appel de la Chair, vous l'aurez compris, tourne autour d'une affaire d'héritage qui versera dans une violence dictée par l'opportunisme et l'envie.
Définitivement, le réalisateur n'offre pas un portrait brillant de ce microcosme anglais où les vautours font la loi et jouent de coups bas. Alan à la fois bourreau et souffre-douleur en sera le plus grand perdant. On finit par développer une certaine empathie à son égard. Sa prétendue vengeance n'en étant finalement pas vraiment une. 

 

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Malheureusement, les choses ne sont pas aussi dorées que pour La Dame Rouge tua sept fois. La première tentative du réalisateur dans le giallo traîne derrière de sérieuses carences qui l'empêche de tenir la dragée haute face aux bons crus du milieu (ne parlons même pas des grands classiques). Pour commencer, les amateurs de meurtres sordides peuvent passer leur chemin sans hésitation. Les séances sanguinolentes sont très rares, s'engouffrant plus dans la suggestion qu'autre chose. La première scène qui aurait pu être très osée est même carrément coupée. L'évolution dans cette antichambre rappelant la sombre époque de l'Inquisition ne risque pas de marquer les esprits. L'Appel de la Chair se ramasse violemment sur ce point, ce qui est très dommageable pour un giallo digne de ce nom. La durée pourra parfois se faire ressentir, la faute incombant à quelques passages qui n'apportent rien.
On tiquera devant certaines astuces dignes des plus mauvaises séries B (cf le coup des bidons d'acide sulfurique prêts de la piscine) et autres incohérences narratives qui, à notre grand bonheur, ne ruineront pas la mécanique de machination en place. Les retournements de situations n'en sont pas et pour finir, le film se clôturera bien trop brusquement. C'est beaucoup ! 

Trêve d'inquiétude sur la suite car Miraglia confirme déjà son érudition pour la plastique. Qu'on se le dise, L'Appel de la Chair est beau à regarder, ne cherchant pas à se noyer dans des décors génériques. L'accent est mis sur le cadre gothique symbolisé par ce grand manoir. Certains décors rappelant parfois le travail de Dario Argento, quoiqu'il n'y ait pas, sauf une fois, d'éclairages criards. De plus, le choix de mêler étroitement fantastique et réel est de la partie. Une caractéristique qui était le fer de lance de La Dame Rouge tua sept fois. Mais si chez son petit frère, cette cassure était omniprésente, elle en sera plus atténuée ici, n'exposant sa puissance que lors des flash-backs dans le jardin dans le style d'Adam et Eve et de la longue séquence du fantôme. Ca fonctionne bien !
On se plaira à trouver Bruno Nicolai derrière la bande-son dont la composition force le respect. Indubitablement, si Ennio Morricone demeure indéboulonnable, il peut compter sur de féroces concurrents. Et sur le niveau général du casting, ce n'est pas mal du tout. Rien de bien transcendant mais les acteurs remplissent correctement leur rôle. C'est déjà pas mal ! Mentionnons Anthony Steffen, Marina Malfatti, Erika Blanc, Giacomo Rossi-Stuart, Rod Murdock et Umberto Raho.

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En conclusion, on ne peut pas dire que le premier giallo de Emilio Miraglia soit suffisamment palpitant pour justifier son visionnage, sauf pour les plus acharnés du thriller policier à l'italienne. Evidemment que la trame est loin d'être mauvaise. Il y a de bonnes idées, un bon travail de personnages mais on ne peut occulter les tares d'un film peu maîtrisé où les fautes de goût se multiplient. Le plus gros problème étant que L'Appel de la Chair est l'antithèse même de La Dame Rouge tua sept fois sur le niveau de violence. Alors que son deuxième essai offrait un niveau inhabituel de barbarie en ces temps, ici Miraglia se montre particulièrement pingre. On en ressort avec un goût de trop peu conjugué à la sensation de ne jamais être totalement porté par l'histoire et surpris par sa construction. Au final, une petite pellicule plus que dispensable. Fort heureusement, La Dame Rouge tua sept fois rattrapera le coup en s'imposant comme le seul et unique giallo digne d'intérêt de son auteur. 

 

Note : 10,5/20

 

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