Les_Aventures_d_un_homme_invisible

Genre : fantastique, comédie
Année : 1992
Durée : 1h39

Synopsis : A la suite d'un accident au laboratoire de recherche Magnascopics, où il travaille, Nick Halloway devient invisible. Cette nouvelle propriété de sa personne lui fait découvrir les étranges expériences du laboratoire. Mais cette nouvelle qualité ne l'empêche pas d'être en danger. Une seule personne peut l'aider, Alice, sa dernière conquête amoureuse.   

La critique :

Certes, lorsque l'on invoque les vieilles figures de l'épouvante, les thuriféraires citeront - sans barguigner - la momie, la créature de Frankenstein, le loup-garou ou encore Dracula. Il ne faudrait pas non plus omettre l'homme invisible, scientifique de son état et victime à son tour (un peu à l'instar du Docteur Frankenstein) du complexe d'Icare. L'invisibilité ne constitue pas vraiment un pouvoir, ni un extraordinaire potentiel pour son créateur, mais surtout un fardeau ; fardeau qui aura des conséquences indélébiles sur la psyché d'un héros en déliquescence. 
Certes, c'est dans les années 1930 que le réalisateur britannique, James Whale, attribue les premières lettres de nobles à l'homme invisible via le bien nommé The Invisible Man (1933). Aux yeux des cinéphiles avisés, ce long-métrage constitue sans doute la meilleure adaptation du roman éponyme de H.G. Wells.

Pourtant, bien avant cette première adaptation officielle, d'autres auteurs éminents s'étaient affairés à la tâche. Par exemple, Georges Méliès avait déjà montré ses appétences pour le thème de l'invisibilité via Siva, l'invisible (1904). Le chef d'oeuvre de James Whale connaît une suite, Le Retour de l'homme invisible (Joe May, 1940) quelques années plus tard. Ce diptyque se transmute inéluctablement en trilogie avec La Femme Invisible (A. Edward Sutherland, 1940). Cette fois-ci, le thème de l'invisibilité se décline au féminin avec plus ou moins de finauderie et de subtilité. 
Sur ces entrefaites, on ne compte même plus les versions ni les adaptations plus ou moins librement inspirées du matériel originel. Viennent également s'additionner L'homme invisible contre la gestapo (Edwin L. Marin, 1942), La revanche de l'homme invisible (Ford Beebe, 1944), Bud Abbott et Lou Costello contre l'Homme Invisible (Charles Lamont, 1951), La vie amoureuse de l'homme invisible (Pierre Chevalier, 1971), ou encore The Amazing Transparent Man (Edgar G. Ulmer, 1960).

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Pour l'anecdote superfétatoire (enfin, pas tant que ça...), toutes ces références et films mentionnés sont affinés et étayés sur le lien susdénommé (Source : https://www.cineclubdecaen.com/analyse/hommeinvisibleaucinema.htm). Entre propagandisme, fantastique, horreur, série B (série Z...) et comédie potache, l'homme invisible est amplement dévoyé par toute une kyrielle de productions outrancières. Paul Verhoeven s'attèlera à son tour à cet exercice aventureux via Hollow Man (2000), un nouveau long-métrage qui tergiverse entre le huis clos scientifique et la perversion de son thaumaturge victime de ses propres expériences. Si cette nouvelle version éblouit par ses effets visuels, le film de Paul Verhoven ne convainc pas totalement.
Pis, certains avis se montrent plutôt pondérés.

Jusqu'ici, toutes les oeuvres relatant cette thématique se polarisaient sur les effets délétères (ou non) de l'invisibilité... A l'exception d'Invisible Man, (Leigh Whannell 2020), une autre variation de l'homme invisible. Cette fois-ci, le film embrasse notre actualité en dissonance via la thématique de la violence conjugale. Mais, parfois, l'homme invisible est aussi victime de ses propres facéties et impertinences. Preuve en est avec Les aventures d'un homme invisible, réalisé par la diligence de John Carpenter en 1992. Le maître de l'épouvante délaisse la terreur et l'effroi au profit d'une comédie fantastique et goguenarde. Est-il absolument opportun de revenir sur la carrière de "Big John" ?
Pas vraiment, si ce n'est que l'artiste thaumaturge n'est plus ce cinéaste orfèvre de naguère. Tout au long de sa filmographie, John Carpenter a parfois connu des déboires commerciaux.

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Dixit les propres aveux de l'intéressé, c'est l'échec cinglant de The Thing (1982) qui l'écartera du sérail hollywoodien. A posteriori, John Carpenter obliquera davantage vers les séries B, tout en acceptant - bon gré mal gré - quelques productions adventices. A fortiori, Les aventures d'un homme invisible n'est pas vraiment (du tout...) un projet personnel. En outre, ce long-métrage est souvent répertorié parmi les crus mineurs de John Carpenter. Reste à savoir si Les Aventures de l'homme invisible, soit Memoirs of an invisible man dans l'idiome de Shakespeare, mérite - ou non - qu'on s'y attarde. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... 
Nouvelle infortune pour "Big John". A l'instar de The Thing et autres Jack Burton, Les Aventures de l'homme invisible essuient une rebuffade commerciale.

Apparemment, le public n'adhère pas aux péripéties de cet homme invisible, inlassablement poursuivi par des scientifiques. A l'origine, ce film fantastique est l'adaptation d'un opuscule, Mémoires d'un homme invisible, de Harry F. Saint. La distribution du long-métrage se compose de Chevy Chase, Darryl Hannah, Sam Neill, Michael McKean, Stephen Tobolowsky, Jim Norton, Pat Skipper, Paul Perri, Richard Epcar, Stevn Barr, Gregory Paul Martin et Patricia Heaton. Attention, SPOILERS !  A la suite d’un accident au laboratoire de recherche Magnascopics, où il travaille, Nick Halloway devient invisible. Cette nouvelle propriété de sa personne lui fait découvrir les étranges expériences du laboratoire. Mais cette nouvelle qualité ne l’empêche pas d’être en danger.
Une seule personne peut l’aider, Alice, sa dernière conquête amoureuse. Autant l'annoncer sans ambages.

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Les Aventures d'un Homme Invisible possèdent de solides arguties dans sa besace. Non, le film de John Carpenter n'est pas la catastrophe semoncée par certaines critiques effarouchées, loin de là. Alors comment expliquer un tel fiasco commercial ? Les raisons sont multifactorielles. Certes, ces nouvelles tribulations démarrent de façon tonitruante. Pendant plus de 45 minutes, John Carpenter multiplie les extravagances, les déflagrations et les impondérables. Puis, sans fard, cette jubilation s'amenuise au profit d'une comédie doucereuse et croquignolette. En outre, John Carpenter échoue (partiellement) lorsqu'il se polarise sur cette idylle amoureuse entre son homme invisible et sa dulcinée.
A cet égard, Darryl Hannah incarne un personnage féminin fantoche. Pourtant, au détour de toutes ces pérégrinations, Les Aventures d'un homme invisible s'approximent à une métaphore sur l'homme moderne.

En ce sens, le héros du film, Nick Halloway, est la parfaite incarnation de cet homme opaque, transparent et engoncé dans une vie de farnientes. En résumé, ce vulgaire cacochyme était déjà invisible aux yeux du monde. Paradoxalement, le portrait de cet être famélique empêche toute identification prégnante. On se gausse impérialement du sort de cet homme qui se hâte et se débat pour retrouver sa forme originelle. Là aussi, c'est un autre oxymore qui transparaît. Ce nouveau pouvoir confère à ce personnage souffreteux une réelle existence. Hélas, toutes ces thématiques auraient mérité un bien meilleur étayage. Curieux choix que celui de Chevy Chase pour incarner cet homme invisible.
Sans être calamiteux, le comédien s'illustre - lui aussi - par ses psalmodies et sa platitude. Seul Sam Neill parvient à se distinguer en scientifique acariâtre. On relève tout de même quelques finauderies dans cette comédie disparate. Bref, à défaut d'être l'immondicité annoncée, Les Aventures d'un Homme Invisible restent un cru mineur (mais honorable) dans la filmographie de John Carpenter.

 

Note : 11.5/20

 

sparklehorse2 Alice In Oliver