territoires 2010

Genre : horreur, gore, trash, torture porn (interdit aux - 16 ans)
Année : 2010
Durée : 1h35

Synopsis : Revenant d’un mariage au Canada, 5 amis rentrent en voiture aux États-Unis lorsqu’ils se font arrêter en pleine forêt par deux membres de la Police des Frontières. Alors qu’ils n’ont rien à se reprocher, les policiers les accusent de terrorisme et leur font subir des interrogatoires brutaux. Devant le silence de leurs prisonniers, ils décident de les enfermer dans des cages cachées au cœur de la forêt et de continuer leurs investigations à l’abri des regards.   

La critique :

 

Comme une évidence, presque une pantalonnade. Lorsque l'on invoque le néologisme du "torture porn", on songe invariablement à Saw (James Wan, 2004) et Hostel (Eli Roth, 2006). Dans le cas du premier film susdénommé, James Wan adapte un court-métrage éponyme qu'il avait lui-même réalisé. Dixit les propres aveux de l'auteur démiurgique, Saw n'avait pas pour velléité de toiser les firmaments des oriflammes. A l'origine, il s'agit d'une série B impécunieuse qui amalgame sans fard huis clos, torture porn, thriller, horreur et une enquête policière conçue comme une sorte de puzzle démoniaque, avec ses pièges, ses supplices et ses multiples collatérales. 
Pourtant, cette formule surannée flagorne les thuriféraires du cinéma gore. Paradoxalement, Saw n'a rien inventé et réitère les recettes éculées de naguère.

James Wan n'a jamais caché sa dilection pour Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), La Colline A Des Yeux (Wes Craven, 1977), ou encore La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972). Toujours la même antienne... Saw défie tous les pronostics et caracole en tête de peloton lors de sa sortie en salles. Aux yeux des producteurs, Saw constitue la nouvelle manne providentielle. Ces derniers exhortent James Wan à signer de nouvelles suites consécutives. Mais le metteur en scène n'a cure des instigations, voire des objurgations de ses financeurs. 
James Wan affectionne davantage l'épouvante de jadis. Impression corroborée par ses longs-métrages suivants, notamment Dead Silence (2007), Insidious (2011), Insidious - Chapitre 2 (2013), Conjuring - Les Dossiers Warren (2013) et Conjuring - Le Cas Endfield (2016).

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Que soit. En raison de son succès pharaonique, Saw premier du nom va se transmuter en une franchise lucrative et opportuniste, hélas cornaquée par toute une série de tâcherons patentés. En l'occurrence, Hostel obliquera - peu ou prou - vers la même trajectoire. Dans le film d'Eli Roth, c'est une étrange organisation qui s'adonne à la capture, puis à la torture de touristes dans un pays d'Europe de l'Est. Hostel signe donc la résurgence des tortures de l'Inquisition, toutefois sous l'angle du capitalisme et du consumérisme à tous crins. Si le premier chapitre s'approxime à un film d'horreur potache et égrillard, le second volet, sobrement intitulé Hostel - Chapitre 2 (2007), affine davantage son syllogisme morbide. La franchise échoit alors entre les mains de Scott Spiegel via un inévitable Hostel - Chapitre 3 (2011). Ce sera l'opus de trop.

Le long-métrage ne sortira même pas au cinéma et écumera les bacs via le support vidéo. Mais peu importe, les franchises amorcées par Saw et Hostel relancent la mode du torture porn galvaudeux. En résulte toute une panoplie de productions peu ou prou analogiques. Les thuriféraires de ce registre cinématographique n'omettront pas de stipuler des oeuvres telles que The Collector (Marcus Dunstan, 2009), Excision (Richard Bates Jr., 2012), Pernicious (James Cullen Bressack, 2015), Perseveration (Adam Sotelo, 2012), Hoboken Hollow (Glen Stephens, 2006), See No Evil (Gregory Dark, 2006), Captivity (Roland Joffé, 2007), Borderland (Zev Berman, 2008), The Torturer (Lamberto Bava, 2006), ou encore Seed (Uwe Boll, 2007) parmi les longs-métrages notables et éventuellement notoires. 

Vient également s'additionner Territoires, réalisé par la diligence d'Olivier Abbou en 2011. Oui, de temps à autre, le cinéma français s'imbrique dans le cinéma d'horreur, et plus précisément dans le torture porn. Pour souvenance, notre cinéma hexagonal se montre plutôt parcimonieux lorsqu'il s'agit de scruter les contrées horrifiques. A l'exception de Haute Tension (Alexandre Aja, 2003) et de Martyrs (Pascal Laugier, 2008), le cinéma français s'est surtout illustré par ses digressions et son oisiveté. Par exemple, des films tels que Vertige (Abel Ferry, 2009), La Meute (Franck Richard, 2010), La Horde (Yannick Dahan, 2010), Mutants (David Morlet, 2009), ou encore Brocéliande (Doug Headline, 2003) n'ont pas spécialement laissé des réminiscences impérissables.
On pouvait donc légitimement se montrer circonspect à l'aune de ce Territoires, d'autant plus que les critiques ne sont guère panégyristes.

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A fortiori, Territoires serait à la fois un thriller horrifique et un torture porn lambda. Reste à savoir si le film mérite - ou non - de telles acrimonies. Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... A la fois cinéaste, scénariste et producteur, Olivier Abbou démarre sa carrière cinématographique vers le milieu des années 2000 via plusieurs courts et moyens-métrages, notamment Un jour de plus (1997), Clin d'œil (1999), Le Tombeur (2000) et Manon (2003). A posteriori, il enchaîne avec une mini-série télévisée, Madame Hollywood (2007), puis alterne les séries (Maroni, les fantômes du fleuve en 2018), les téléfilms (Yes We Can en 2012) et les longs-métrages (Furie en 2019). A ce jour, Territoires reste sans doute son film le plus proverbial.
La distribution de ce torture porn à la française se compose de Roc LaFortune, Sean Devine, Nicole Leroux, Cristina Rosato, Michael Mando, Alex Weiner, Stephen Shellen et Tim Rozon.

Attention, SPOILERS ! (1) Revenant d’un mariage au Canada, cinq amis à bord d'un 4x4 rentrent aux Etats-Unis, lorsqu'ils se font arrêter en pleine forêt par deux douaniers de la police des Frontières. Alors qu’ils n’ont rien à se reprocher, les policiers trouvent un sachet de marijuana dans un de leurs bagages, ils les accusent alors de terrorisme, les arrêtent et leur font subir des interrogatoires brutaux. Les cinq amis restant silencieux, les douaniers, qui s'avèrent être d'anciens militaires ayant servi en Irak mais aussi au camp de Guantànamo, décident de les séquestrer dans des cages cachées au cœur de la forêt, à l’abri des regards, allant même jusqu'à les torturer, notamment en les marquant comme du bétail, les privant de sommeil et les interrogeant comme des criminels… (1)
Autant l'annoncer sans ambages.

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Oui, Territoires possède un sacré potentiel, ainsi que de sérieuses arguties dans sa besace. Formellement, Territoires revêt les oripeaux d'une métaphore sur les conditions de détention dans le camp de Guantànamo. Mieux, cette ellipse est carrément revendiquée dans le synopsis, sur fond de menace terroriste et de xénophobie latente. Sur ces entrefaites, Territoires se singularise des tortures porn habituels. Reconnaissons que l'on n'attendait pas de telles matoiseries de la part d'un torture porn à la française. Mais de bonnes intentions ne font pas nécessairement un bon film.
En ce sens, Territoires est un vrai cas d'école. Oui, Olivier Abbou fait preuve de componction et parsème son torture porn de plusieurs saynètes érubescentes. Le long-métrage n'a donc pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans.

Pendant plus d'une demi-heure, Territoires fait vaguement illusion. Indubitablement, pendant plus de trente minutes, Olivier Abbou propose un thriller horrifique palpitant et virulent. Hélas, faute de véritable scénario, l'intérêt s'amenuise au fil des minutes pour devenir un torture porn archétypal. Les divers protagonistes (en particulier les victimes) auraient mérité un bien meilleur étayage. Difficile de se passionner pour cette galerie de personnages qui constituent - au mieux - du menu fretin. En revanche, Territoires se montre un peu plus éloquent lorsqu'il se polarise sur ses bourreaux d'infortune. Rien à redire sur les différents interprètes. Les comédiens font le job, avec une mention particulière pour Roc LaFortune en geôlier turpide. "Nous vivons dans une époque troublée", s'écrie le forcené.
Malencontreusement, Territoires se contente du minimum syndical et devient rapidement redondant, d'où un sentiment de désappointement lors du générique final. Par clémence pour le cinéma d'horreur à la française, on accordera à cette production adventice une mention passable, ni plus ni moins.

 

Note : 10/20

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Territoires_(film)

 

sparklehorse2 Alice In Oliver