Black_Rain

Genre : policier, polar (interdit aux - 12 ans)
Année : 1989
Durée : 2h05

Synopsis : Un policier new-yorkais est chargé d'escorter à Osaka un criminel japonais. Rapidement, ce dernier s'échappe. Le représentant de l'ordre va alors avoir beaucoup de mal à le retrouver dans un pays dont il ignore les us et coutumes. 

La critique :

Est-il absolument opportun de s'appesantir sur la carrière cinématographique de Ridley Scott ? Oui, un peu... Beaucoup... Enormément tout de même. Dès son tout premier long-métrage, Les Duellistes en 1977, Ridley Scott obtient déjà la reconnaissance du noble Septième Art. En effet, le métrage est salué et même récompensé au festival de Cannes. Paradoxalement, Les Duellistes se solde par un échec commercial lors de sa sortie au cinéma. Dépité, Ridley Scott a alors pour projet d'adapter un opéra, Tristan et Isolde. Parallèlement, le réalisateur découvre et admire le travail de George Lucas sur Star Wars : La Guerre des Etoiles.
Ridley Scott décide à son tour de réaliser un film de science-fiction. Ce sera Alien : le huitième passager, sorti en 1979.

Le long-métrage doit être la fois la réponse et l'antithèse de Star Wars. Ambitieux, Ridley Scott veut réaliser un film qui amalgame science-fiction, huis clos et horreur. Ridley Scott l'ignore encore. Mais Alien : le huitième passager va devenir un véritable phénomène et inspirer à la fois plusieurs suites, ainsi que de nombreux succédanés. Au moment de sa sortie, le long-métrage obtient un succès pharaonique dans les salles. Même la presse cinéma et les critiques sont unanimement panégyriques. Alien - Le Huitième Passager s'octroie rapidement le statut de film culte. Ce succès impromptu permet à Ridley Scott de visiter de nouvelles anfractuosités.
Le succès concomitant de Blade Runner (1982), trois ans plus tard, corrobore la réussite (presque présomptueuse) du cinéaste.

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Ridley Scott peut dormir placidement sur ses deux esgourdes. Le metteur en scène est désormais solidement ancré parmi la doxa hollywoodienne. Dès lors, l'artiste hétéromorphe n'aura de cesse de diversifier sa filmographie opulente. On lui doit notamment Legend (1985), Traquée (1987), Thelma et Louise (1991), 1492 : Christophe Colomb (1992), A armes égales (1997), Gladiator (2000), Hannibal (2001), La chute du faucon noir (2002), Kingdom of heaven (2005), American Gangster (2007), Robin des Bois (2010), Prometheus (2012), Seul sur Mars (2015), ou encore Alien Covenant (2017). En outre, cette carrière exhaustive ne sera pas toujours couronnée de succès.
Pour les thuriféraires, Ridley Scott n'aurait jamais dû revenir vers la saga Alien via Prometheus et Alien Covenant.

Mais ceci est un autre sujet, un autre débat et une autre discussion. Ridley Scott n'a jamais caché son appétence pour le polar. Preuve en est avec Black Rain, sorti en 1989, soit le film qui nous intéresse aujourd'hui. A l'origine, Ridley Scott souhaite réaliser un polar noir qui épouse le sophisme des films policiers asiatiques. Ce n'est pas aléatoire si l'essentiel de Black Rain se déroule (justement...) sur les terres asiatiques, en particulier sur les territoires des yakuzas. En l'occurrence, le long-métrage de Ridley Scott reçoit les dithyrambes et les satisfécits de la presse spécialisée, avec toutefois une légère pointe de circonspection. Pour certains contempteurs, Black Rain s'apparenterait davantage à une production hollywoodienne. Ce polar tonitruant ne serait donc pas cette révérence au grand cinéma asiatique. Reste à savoir si Black Rain justifie - ou non - son visionnage... 

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Réponse à venir dans les lignes éparses de cette chronique... Toujours est-il que le film sera nominé dans plusieurs catégories, notamment pour l'Oscar du meilleur son, ainsi que celui du meilleur montage sonore. Hélas, Black Rain ne remportera aucune de ces susdites récompenses. La distribution de ce polar se compose de Michael Douglas, Andy Garcia, Ken Takakura, Kate Capshaw, Yusaku Matsuda, Tomisaburo Wakayama, Shigeru Koyama, John Spencer, Luis Guzman, Stephen Root et Richard Riehle. Pour l'anecdote superfétatoire (enfin, pas tant que ça...), Black Rain marque l'ultime apparition de Yusaku Matsuda, à peine âgé de 40 ans, et qui décédera quelques mois après le tournage, d'un cancer de la vessie (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Black_Rain_(film).
Mais trêve de palabres et de verbiages et passons à l'exégèse du film !

Attention, SPOILERS ! (1) Deux policiers de New York, Nick Conklin et Charlie Vincent, capturent le yakuza Koji Sato et sont chargés de le ramener au Japon pour qu'il soit jugé. À peine atterri à Osaka, Sato réussit à s'enfuir. Soupçonné plusieurs fois d'avoir touché des pots-de-vin, Nick est accusé de l'avoir laissé fuir et doit le retrouver pour se blanchir. Avec l'aide de l'inspecteur Masahiro Matsumoto, Nick et Charlie découvrent le Japon et s'attaquent à la pègre locale (1). Formellement, Black Rain s'approxime à un curieux maelström entre le polar hollywoodien, l'hommage (non dissimulé et donc sincère...) à la culture asiatique et le buddy movie.
Paradoxalement, ce polar haletant ne remportera pas le succès escompté et sera même boudé par le public lors de son exploitation en salles.

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Cette ostracisation est assez singulière à l'aune de ce polar qui se subdivise en trois segmentations bien distinctes. La première, de facture classique et conventionnelle, se déroule sur les terres américaines. A contrario, Black Rain adopte enfin son rythme de croisière lorsqu'il atterrit dans les contrées nippones. Durant ce laps de temps, ce film policier adopte un point de vue inique et limite archétypal. Opportuniste, Ridley Scott nous sort le bon vieux catalogue des stéréotypes américains sur la culture asiatique. On se croirait presque dans un film de propagande.
Puis, subrepticement, surtout après l'exécution (sadique...) de Charlie Vincent (désolé pour le SPOILERS...), Black Rain s'achemine sur une dialectique antagonique. Cette fois-ci, c'est la culture américaine qui en prend pour son grade.

Sur ces entrefaites, Black Rain amalgame polar, saynètes d'action effervescentes et le film de yakuzas. Dans cette série de rixes et de martialités, la présence de Michael Douglas, en policier revanchard, dénote... Et ce... Jusqu'au préambule final... Où, par ailleurs, le flic revêche se rachète expressément une conduite exemplaire. On croit fabuler... Paradoxalement, ces digressions narratives n'entachent nullement la trame scénaristique. Contre toute attente, le binôme formé par Michael Douglas et son nouvel acolyte (l'inspecteur Masahiro Matsumoto) fonctionne sur la durée. In fine, la mise en scène est à la fois studieuse, acérée et cérémonieuse. La principale force de Black Rain repose essentiellement dans son environnement urbain et dans lequel bandits, gangsters, mafieux et yakuzas règnent en maîtres. En résumé, la guerre des gangs est déclarée... Indubitablement, ce polar aurait mérité un bien meilleur accueil, ainsi que davantage de congratulations lors de sa distribution en salles.

 

Note : 15/20

(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/black-rain-scott

sparklehorse2 Alice In Oliver