L_Homme_sans_memoire

Genre : Thriller, giallo (interdit aux - 12 ans)

Année : 1974

Durée : 1h32

 

Synopsis :

Suite à un accident, Edward a perdu la mémoire. Lorsqu’il voit sa femme, il ne se souvient pas d'elle. Le pire, c'est que son passé le rattrape.

 

La critique :

Aujourd'hui, j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer. La mauvaise nouvelle est qu'il va encore falloir endurer un giallo de cette belle et longue rétrospective qui a été lancée maintenant il y a plusieurs mois. La bonne nouvelle est que je vais enfin vous révéler le chiffre exact de films restants avant que ce cycle ne se clôture à jamais. En effet, après la chronique ici présente, il ne restera SEULEMENT plus que cinq oeuvres du genre. Une phrase que je graverai dans le marbre car il n'est plus censé avoir d'arrivage de dernière minute dans mon programme. Je me permettrai alors de faire un rush pour en finir au plus vite afin de soulager le moral de certains, quitte à, finalement, moi-même rejoindre votre état d'overdose. Les 4 ou 5 lecteurs qui se font un plaisir de nous lire devront encore prendre leur mal en patience, j'en ai bien peur. Car ce cauchemar d'exaspération que vous lisez prend sa source dans la filmographie de Mario Bava qui, en 1963, allait révolutionner le cinéma d'exploitation transalpin en sortant sur le marché La Fille qui en savait trop. S'il met en place les premiers éléments du genre, l'année suivante qui vit Six Femmes pour l'Assassin allait définitivement construire le thriller policier à l'italienne (ou giallo). Le démarrage est, dans un premier temps timide, et il faudra compter sur Dario Argento et sa trilogie animale, L'Oiseau au plumage de cristal en tête, pour qu'un boom ne se fasse au tout début des années 70.

En cette période, le giallo connut un essor fulgurant avec des sorties s'enchaînant à cadence industrielle. Paradoxalement, si ce marché fut très juteux, il fut aussi le fruit d'une concurrence acharnée car, dans un milieu qui voit une myriade de cinéastes tenter leur chance, la moindre des choses à faire est de parvenir à se démarquer et donc à faire parler de soi. Si Argento et Bava demeurent les plus grands et célèbres artisans, ils ont pu assister aux créations de certains loustics qui n'avaient pas à rougir des meilleurs succès de nos deux compères. Des titres comme Mais... qu'avez-vous fait à Solange ?, La Queue du Scorpion, Folie Meurtrière, Torso, La Lame Infernale et La Dame Rouge tua sept fois rivalisaient aisément en terme de qualité avec les pièces maîtresses des maîtres du giallo. A contrario, d'autres déçurent par leur fadeur notoire.
Ce fut le cas dernièrement d'Un Papillon aux ailes ensanglantées de Duccio Tessari qui revient une deuxième et dernière fois avec son titre le plus connu du nom de L'Homme sans mémoire. Je ne vous cache pas que ma circonspection était de mise en appuyant sur le bouton Play.

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ATTENTION SPOILERS : Suite à un accident, Edward a perdu la mémoire. Lorsqu’il voit sa femme, il ne se souvient pas d'elle. Le pire, c'est que son passé le rattrape.

Notons, toutefois, que L'Homme sans mémoire est souvent cité comme supérieur au premier visionné par mes soins, pour des soucis de clôturer chaque chapitre de manière positive. J'espérais ne plus avoir l'impression d'être par moment aux frontières du téléfilm passant sur AB4 un après-midi pluvieux. Même si se limiter au synopsis n'est pas très judicieux, surtout pour un giallo, on ne peut pas dire que celui-ci soit particulièrement vendeur. Peu inspiré, Tessari nous conte ici l'histoire d'un homme rendu amnésique qui est sorti d'une clinique il y a huit mois après ce qui semblait être un accident de voiture. Très rapidement, il rencontrera un homme peu fréquentable le faisant chanter et qui sera tué d'une balle. Visiblement, Edward semble savoir des choses sur une affaire dont il ne se souvient aucunement. Une affaire de grande importance vu que, de plus en plus, les preuves font apparaître notre pauvre amnésique comme le rouage essentiel d'une mission passée qui semble tout sauf légale.
Il est vrai qu'être impliqué dans un trafic d'héroïne pour une valeur d'un million de dollars n'est pas la chose la plus éthique au regard de la loi. Quand on connaît les ravages de cette saloperie sur le corps humain, d'une part en termes d'addiction systématique et d'autre part en termes de dégâts physiques, on se dit que notre petit Edward est loin de l'homme intègre que nous étions en droit d'attendre, lui et sa tête d'enfant de choeur.

Sauf que cette héroïne disparue met un peu dans l'embarras les autres ravisseurs qui voient d'un bien mauvais oeil et surtout avec beaucoup de scepticisme l'insomnie d'Edward qu'ils tiennent à guérir par tous les moyens possibles. C'est donc l'homme sur qui un bon nombre de personnalités gravitent, chacune tentant d'obtenir sa part du gâteau. Pour ne rien arranger, voilà que sa femme qu'il tente de redécouvrir comme à leurs débuts reçoit elle aussi des menaces, dans le but de faire pression sur notre homme sans mémoire afin qu'il livre la cachette. A la lecture, un simple "Mouais..." serait chose normale. D'ailleurs, on serait même tenté de lâcher une cinglante réplique du genre à dire que Tessari se complait dans des ambitions scénaristiques de réalisateurs de téléfilms.
Cet argument n'attirera pas mais force est de constater que la narration sollicite l'intérêt du spectateur en étant prenante et plus énergétique que son premier essai qui est, rappelons-le, Un Papillon aux ailes ensanglantées. Sur ce paramètre, L'Homme sans mémoire est une nette amélioration, tout du moins sur la question du rythme. Cependant, il n'efface pour autant pas tous les reproches adressés à son papillon qu'il réduit en termes de gravité. 

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Pour commencer, on aura toutes les peines du monde à le recommander aux thuriféraires de gialli, Tessari refusant d'adapter les codes inhérents au giallo. L'Homme sans mémoire en est finalement un sans l'être totalement, partageant de nombreuses accointances avec le néo-polar. Vous connaissez ma position sur l'innovation que je vois comme la chose la plus bénéfique qui soit mais de là à se foutre de la tronche du cinéphile, il y a une ligne à ne pas franchir. Si les meurtres sont un peu plus couillus et stylisés, ils en sont pour autant fort rares. Tessari confirme aussi être un homme fort pudique en éludant tout érotisme qui est pourtant une caractéristique importante.
L'autre point qui pourra en fâcher plus d'un est que L'Homme sans mémoire a cette fâcheuse manie d'accorder plus d'importance à ce couple tourmenté cherchant par tous les moyens à ce qu'Edward retrouve la mémoire, plutôt que de filmer au plus près la terreur grandissante distillée par une organisation assassine. Les réminiscences du passé ne nous raconteront jamais le traumatisme de Edward, son accident, et finalement pas grand chose. Beaucoup trop de mystères planent encore au générique de fin, laissant L'Homme sans mémoire être un produit pas fini. 

Nous reconnaîtrons le talent certain des gialli de Tessari sur le visuel propre et éclatant. Se déroulant dans une ville côtière, l'action se mêle au climat ensoleillé. L'image est belle, les plans sont précis. L'Homme sans mémoire est un bon élève, n'hésitant pas à utiliser le ralenti lors de la séquence de la tronçonneuse magnifiquement bien mise en scène. Oublions encore un temps Ennio Morricone (paix à son âme... Oui cette chronique a été rédigée seulement quelques jours après l'annonce de son décès !!!) pour Gianni Ferrio qui nous a fait une composition musicale originale et plutôt bien foutue. Il faut aimer car c'est loin de ce à quoi nous sommes habitués.
Là où le bas va de nouveau baisser, c'est sur la qualité d'interprétation de certains acteurs, parmi lesquels Luc Merenda qui campe un perso principal apathique, peu impliqué dans son rôle qu'il ne porte pas à sa juste valeur. Senta Berger qui incarne la femme d'Edward sera parfois un peu cruche. Le restant est bon sans marquer les esprits. On mentionnera Umberto Orsini, une Anita Strindberg effacée, Bruno Corazzari, Manfred Freyberger, Rosario Borelli et Tom Felleghy.

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Sans atteindre la médiocrité de Umberto Lenzi, on ne peut pas dire que Duccio Tessari soit une pierre angulaire du giallo qu'il n'arrive pas à assimiler. Peut-être que L'Homme sans mémoire est sensiblement supérieur à son aîné sorti l'année précédente mais des tares rédhibitoires plombent encore l'expérience. Le principe de film bâtard à mi-chemin entre le giallo et le thriller classique n'aidera pas l'oeuvre à être recommandée. L'irrévérence qui en est pourtant la grande marque de fabrique du giallo n'est pas de la partie, ce qui donnera un sentiment d'aseptisation et de fadeur pour certains. Certes, le scénario se suit sans que l'on ne finisse par s'emmerder mais les limites se font ressentir sur la fin. Quelques belles scènes ponctuent heureusement le tout.
En conclusion, peu de choses à dire. L'Homme sans mémoire n'est pas un film inspirant, quand bien même il est un chouïa meilleur, soit un demi-point en plus que la note du papillon. 

 

Gialli restants : 5

 

Note : 11,5/20

 

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