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Genre : Expérimental, trash, érotique, pornographie (interdit aux - 18 ans)

Année : 2007

Durée : 1h28

 

Synopsis :

Le collectif ICPCE est de retour sur Cinéma Choc avec le très sulfureux L'Erotisme, une anthologie d'une extrême rareté constituée de 11 courts-métrages expérimentaux où, encore une fois nos canadiens se font un plaisir de triturer notre système nerveux en compilant des créations hors du commun... pour notre plus grand bonheur.

 

La critique :

C'était le 31 octobre 2018. Je ne saurais vous dire si le temps était beau ou laid ce jour-là. En revanche, ce que je sais est que ce fut une autre incursion de votre blog sulfureux favori (*rires de sitcom) dans les méandres d'une société cinématographique férue d'occultisme et, par extension, d'un indéfectible amour pour le cinéma subversif. En cette fin d'une année où le Covid-19 n'était que simple imagination, Cinéma Choc plongeait le sourire aux lèvres dans les grands bras noirs et purulents de l'ICPCE avec Le Cinéma des Ruines que j'eus l'honneur de chroniquer avec grande satisfaction. Qui aurait cru que cette facette sombre et tourmentée du Canada allait encore une fois débarquer dans nos humbles colonnes pour bousculer votre conception du Septième Art, en plus de bien vous mettre mal à l'aise. Oui je reconnais que cette année 2020 ne fut pas la meilleure pour moi en termes de choc et d'insanités.
Ceux qui pensaient que Taratata s'était rangé dans un monde peuplé de films innocents peuvent exulter en bonne et due forme. En même temps, l'occasion était bien trop belle pour que je ne la saisisse pas. D'une part, c'est toujours amusant de prendre quelques aspirines bien tassées en tentant d'écrire des phrases cohérentes et d'autre part, s'aventurer dans les strates borderline du cinéma est indubitablement séduisant.

Et pour ce qui est du borderline, vous allez en bouffer car, en plus, d'officier dans un registre qui ferait fuir, à la grosse louche, 99% des gens, vous avez là face à vous une chrestomathie d'une rareté absolument indécente. Et je dois vous confier n'avoir jamais songé la moindre yoctoseconde tomber un jour sur L'Erotisme. Comment diable ai-je réussi l'exploit de saisir cette chose qui ne fut, selon les dires d'Inthemood qui doit sans doute toujours avoir les yeux écarquillés actuellement à la lecture de ce billet, qu'éditée en 40 exemplaires ? La raison est simple car oui, c'est encore ce fameux site sur lequel j'ai été invité et qui vous permet d'obtenir, et j'en ai désormais la certitude, absolument n'importe quelle pellicule inaccessible autant en format physique que sur le web traditionnel, même quand celles-ci ne se sont limitées qu'à une sortie d'une petite poignée d'exemplaires se négociant plusieurs milliers d'euros sur les très rares sites de ventes sur lesquels ils se sont trouvés.
En dehors de ça, les seules informations que j'ai su glaner ne se résument qu'aux dates de sortie de tous ces petits trucs filmés se situant tous entre 2000 et 2007. De plus, si la grosse majorité sont d'origine canadienne et américaine, ma petite Belgique y est représentée le temps de la fameuse exception belge. Bref, inutile de s'attarder en longues facondes et passons aux choses sérieuses.

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ATTENTION SPOILERS : Le collectif ICPCE est de retour sur Cinéma Choc avec le très sulfureux L'Erotisme, une anthologie d'une extrême rareté constituée de 11 courts-métrages expérimentaux où encore une fois nos canadiens se font un plaisir de triturer notre système nerveux en compilant des créations hors du commun, pour notre plus grand bonheur.

Vous m'excuserez alors de ce synopsis de fabrication maison car vous vous doutez fort bien qu'il n'y en a aucun existant et ce, en l'occurrence même pour tout ce joyeux petit monde que je vous décrirai (ou tout du moins essaierai de vous décrire) en quelques phrases avec extatisme. Tout d'abord, Ritualis (Pat Tremblay, Canada, 2004) qui ouvre le bal en fanfare dans un délire black metal qui calmera les ardeurs de quelques-uns. Aucun scénario quelconque mais une succession de scénettes entremêlées. Des individus tenant des bougies, un homme échangeant des propos avec une voix d'outre-tombe avec une femme, des personnes déguisées en monstres dans un décor enneigé et pour les cinéphiles les plus à fleur de peau, un vagin malmené par une séance de piercings en bonne et due forme. Nous n'oublierons pas une atmosphère à forte consonance satanique. D'une durée de 8 min, ce premier segment démarre la séance correctement, grandement aidé par un travail léché sur les couleurs.
Ensuite vient Maldoror : A Pact With Prostitution (Micki Pellerano & Nate Archer, USA, 2005) où le choix du noir et blanc n'aura jamais été aussi judicieux pour une histoire ayant lieu dans un cimetière, mettant en scène un étrange bonhomme quelque peu torturé mentalement, obéissant à une tête d'apparence indéfinissable qui lui ordonnera de tuer la délicieuse nymphe qu'il aura croisé par inadvertance. Va-t-il exécuter l'ordre ? Point de trash au programme mais 9 minutes d'atmosphère cauchemardesque.

Vient maintenant Ass (Usama Alshaibi, USA, 2001) au nom très évocateur. Le concept est simple comme bonjour puisqu'est filmé une femme se touchant les parties rectales jusqu'à l'orgasme. Tourné en deux scènes, l'une filmant les expressions faciales de la demoiselle et l'autre son cul (appelons un chat, un chat !), celles-ci se confondent l'une dans l'autre par des transitions extrêmement rapides, engendrant un effet stroboscopique. Et 9 minutes, c'est très long, le visionnage devenant de plus en plus insupportable et irregardable, même pour l'habitué des soirées techno que je suis. Arrivé au générique de fin, c'est le soupir de soulagement qui sortira spontanément de votre bouche. Après ce que l'on peut dignement décrire comme la pire partie de l'anthologie, on enchaîne avec KI (Karl Lemieux, Canada, 2001). Retour encore ici au noir et blanc pour filmer durant l'espace d'à peine 3 minutes un homme et une femme allongée dans un lit, qui va alors procéder aux préliminaires sur son prince charmant avec ses mains et sa bouche. Je crois qu'il est inutile de vous en dire plus à ce niveau.
Dénué de tout son et à l'image granuleuse, c'est comme si l'on avait l'impression de faire un saut dans le temps pour revenir aux fondamentaux du cinéma. Tout du moins d'un point de vue purement subjectif, les fellations n'étant pas encore à l'ordre du jour sur pellicule au début du XXème siècle. 

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Pour le 5ème chapitre, place au Plat Pays avec La Fin de Notre Amour (Hélène Cattet & Bruno Forzani, Belgique, 2003). Dans ce court-métrage, un homme se complait dans le sado-masochisme, avalant des lames tranchantes avec un verre d'eau et s'écorchant le corps avec tout ce qui peut être coupant. L'intrusion, d'une entité féminine dans l'appartement où il vit, finira par altérer son état mental. Est-elle songe ou réalité ? Tourné de façon expérimentation fantasmagorique, le spectateur finit par perdre pied lui aussi avec ce qui semble être l'antichambre de l'enfer. Soit, la dernière étape à traverser de cet être avant de rejoindre pour toujours les ténèbres. Et nous en arrivons maintenant à ce qui est le segment le plus trash de la compilation signé Pierre-Luc Vaillancourt & Frédérick Maheux. Sorti en 2005, il porte le nom d'Extase de Chair Brisée et croyez-moi que ce titre n'est nullement usurpé.
Tout démarre par le kidnapping d'une jolie jeune fille par deux malfrats masqués dont l'un lui fracassera le ventre à coup de poings. Très vite, ils sont rejoints par une femme dont la tête est entièrement cachée par des bandages, juste histoire d'en rajouter une couche sur cette nymphe qui n'avait rien demandé à personne. Sauf que les choses n'en resteront pas là car un döppleganger démoniaque va débarquer sans prévenir pour faire acte de vengeance à coup de perceuse électrique. Ceux qui ont toujours rêvé de voir une pénétration vaginale au couteau acéré en ressortiront totalement conquis.

Dans ce climat de sauvagerie s'additionnent une superbe image en noir et blanc, ainsi qu'une mise en scène épileptique dans la droite lignée des délires cyberpunk. Mention au look des personnages qui y rendront également hommage. Poursuivons avec Baby Doll (Serge de Cotret, Canada, 2006) qui, quant à lui, est le plus dérangeant de L'Erotisme. Tout au long des 3 minutes sera filmée une poupée enfantine subissant des attouchements avec, en fond sonore, la voix grasse et sombre du (très certainement) réalisateur. Une image de vagin scotchée à l'entre-jambe de la poupée ne fait qu'accentuer le malaise de ce spectacle aux relents pédophiles très explicites. Félicitons Mr de Cotret pour nous faire ressortir de là secoués en seulement 180 secondes. Nous arrivons déjà au 8ème métrage avec The Loneliest Little Boy In The World (Mike Dereniewski, USA, 2000).
La durée de 5 minutes sera consacrée à une tête de cochon déifiée par une prêtresse lui parlant, la touchant, la léchant et patati patata, sans oublier quelques maltraitances à base de seringues plantées dans le crâne du pauvre cochon. Là encore, l'aura méphistophélique plane en ces lieux, le tout avec un noir et blanc crépusculaire comme il faut. Place ensuite à Paranoid (Anne Hanavan, USA, 2005) où une demoiselle (ou la réalisatrice elle-même) dévêtie se filme devant un miroir dans une mise en scène saccadée pour finir par se toucher et s'insérer un gode. Bref, on ne tient pas là le cru le plus palpitant du soft. La bonne nouvelle est que tout ça ne dure que 3 minutes. 

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En avant-dernier court-métrage vient D'Yeux (Monk Boucher, Canada, 2002-2007) qui est, à n'en point douter, le chapitre le plus jubilatoire et recherché de L'Erotisme. Il se présente comme un document-vidéo d'archive des collages érotiques iconoclastes du cinéaste. Et le moins que l'on puisse dire est que l'on se fend littéralement la poire devant ces créations aussi perchées les unes que les autres, pourtant toutes sauf éloignées d'une recherche esthétique. A cette succession de tableaux sont apposés des noms tels que Les Cigares du Pharaon, La Jarre d'Eros ou encore Papa. En ce qui me concerne, je dois reconnaître avoir une petite affection pour Bar Bec Cul. Tout ça n'est pas sans s'éloigner de la triste ironie de la crise sanitaire actuelle où presque tout se fait par le virtuel entre télétravail et conférences. Qui sait si l'on finira par avoir ça aussi pour les expositions artistiques.
Enfin bouclons le tout avec Impératrix Conicula (Jérôme Bertrand, Québec, 2007). Il y sera question (ENCORE) d'une femme se caressant sensuellement le corps avec un plumeau allongée sur le sol d'une forêt enneigée. Mais très vite, la caméra finit par s'égarer dans les décors environnants et le vol d'oiseaux. En résulte un travail aussi déconcertant qu'intriguant. 

Arrivé à la fin, c'est d'autant plus triste vis-à-vis de son statut de DVD introuvable que je me dois d'avouer que L'Erotisme peut se hisser parmi ce qui s'est fait de mieux à ce jour dans l'univers hostile et contre-culture de l'ICPCE. Il incarne aussi cette dimension insolite du cinéma, là où tout est possible pour qui veut faire un fier et grand doigt d'honneur à la standardisation et à la vision bridée que certain(e)s ont du Septième Art qui a beaucoup plus à offrir qu'on le pense. Déjà dans les années 50, le lettrisme démontrait tout le potentiel de l'image filmée et une foule d'artisans n'a fait que confirmer les décennies passant que la cinématographie est un art aussi vaste que palpitant à expérimenter.
L'Erotisme nous prouve que le cocktail trash et art savent coexister avec, sans mauvais jeux de mots, un peu de doigté et surtout de talent. Faut-il, néanmoins, préciser que nous tenons un spicilège d'une difficulté d'accès record non seulement par ses choix de mise en scène à contre-courant du cinéma traditionnel, mais aussi par sa radicalité et sa violence transgressive où pornographie, mutilations, violences physiques très corsées et allégeance à Satan sont au programme. Sans surprise, l'interdiction aux moins de 18 ans est pleinement justifiée pour cette compilation magnifiée par l'omniprésence de la femme qui représente dans l'inconscient collectif la figure érotique par excellence mais aussi la pureté (quoique selon la vision de l'ICPCE). En conclusion, ce serait de fort mauvais goût de vous recommander un visionnage inaccessible à moins que... Mais ça vous le saurez dans les commentaires. 

 

Note : C'était vraiment très bien mais je suis incapable de noter ça/20

 

 

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