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Genre : Thriller, giallo, érotique (interdit aux - 16 ans)

Année : 1975

Durée : 1h34

 

Synopsis :

Suite à la mort mystérieuse d'une jeune top model lors d'un avortement clandestin, les meurtres à l'arme blanche se multiplient au sein de l'agence Albatros, où elle travaillait. Avec l'aide de sa maîtresse Magda, le photographe Carlo Bianchi tente de démasquer l'assassin, un être étrange vêtu d'une combinaison de cuir noir et d'un casque de moto.

 

La critique :

Maintenant que j'eus l'excellente idée d'intégrer un compteur au nombre restant de chroniques à venir sur le giallo, il est, peut-être, probable que vous encaissiez mieux chaque jour qui passe un billet rédigé avec amour par mes soins. Un billet qui tourne autour de mon plus gros travail de chroniqueur cynique qui s'est lancé dans un projet qu'il ne pensait pas être si conséquent. Tout du moins, en termes d'accessibilité pour son maigre budget. Certaines petites pellicules m'ayant même donné pas mal de fil à retordre pour les obtenir, au prix parfois d'un désappointement flagrant arrivé au générique de fin. En gros, ça valait parfois bien la peine de se décarcasser pour tomber sur un résultat tout juste passable. Mais dans un travail axé sur le cinéma d'exploitation, il ne faut pas s'attendre à tomber sur des miracles cinématographiques à chaque fois, loin de là.
Car oui, le giallo fait partie de cette catégorie, voyant ses origines démarrer avec le talentueux Mario Bava que certains ont fini par ne plus aimer tant je vous casse les pieds avec ça. La Fille qui en savait trop est l'oeuvre où tout va commencer, considérée comme fondatrice du courant en posant les bases élémentaires. Six Femmes pour l'Assassin se chargera l'année suivante d'intégrer son croquemitaine de service en accouchant de l'un des meilleurs giallo sortis à ce jour. 

Après quelques années de disette, on put compter sur Dario Argento pour relancer le genre au tout début des années 70 voyant le giallo devenir un véritable phénomène de société pour tous les cinéphiles férus de sang et de belles poitrines privées de leur soutien-gorge. Chacun tente à sa manière d'apporter sa pierre à l'édifice, même si ça implique de se vautrer littéralement dans un abîme de médiocrité. Umberto Lenzi peut en témoigner et vous aussi qui avez lu trois billets lui ayant été offerts. Ce qui est encore de trop pour un tâcheron comme lui. Les profanes ont tendance à relier le giallo au trio Bava, Argento et Fulci mais c'est oublier d'autres personnalités dont la réputation chez les spécialistes n'est plus à faire entre Sergio Martino, Massimo Dallamano ou Aldo Lado. Après un tour d'horizon chez eux, il aurait été impensable de ne pas offrir de tribune aux plus confidentiels.
La grande surprise ayant été La Dame rouge tua sept fois d'Emilio Miraglia, le reste étant parfois correct, parfois décevant, parfois aussi insipide qu'une pizza surgelée premier prix. Et on ne peut pas dire que ces derniers temps furent à la joie, entre deux gialli de Duccio Tessari d'une fadeur notoire et une La Tarentule au ventre noir dont le manque de consistance se faisait de plus en plus ressentir sur la durée. Je plaçais alors un certain espoir envers Andrea Bianchi qui s'est spécialisé toute sa vie dans le cinéma bis. Le giallo ne lui échappa pas avec sa seule et unique incursion du nom de Nue pour l'Assassin.

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ATTENTION SPOILERS : Suite à la mort mystérieuse d'une jeune top model lors d'un avortement clandestin, les meurtres à l'arme blanche se multiplient au sein de l'agence Albatros, où elle travaillait. Avec l'aide de sa maîtresse Magda, le photographe Carlo Bianchi tente de démasquer l'assassin, un être étrange vêtu d'une combinaison de cuir noir et d'un casque de moto.

Rappelons une chose. Le début des années 70 représente l'apogée du giallo. Nombreux sont ceux qui tentent des trucs, ouvrent de nouvelles voies dans un genre très balisé, suivant des codes stricts. Arriver après la bataille, c'est prendre le risque de se voir poser une étiquette "déjà-vu" sur sa pellicule. En 1975, des hectolitres d'eau ont coulé sous les ponts, minant par une pression beaucoup plus importante les téméraires qui auraient la prétention de se mesurer à ceux qui ont déjà largement fait leur preuve entretemps. Bianchi devait certainement le savoir avant d'accoucher d'une histoire dans la plus pure tradition giallesque qui démarre même admirablement bien avec un avortement clandestin filmé de manière dérangeante qui se finira de la pire des manières par le décès de la demoiselle. Un potentiel clin d'oeil à l'excellent Mais... qu'avez-vous fait à Solange ?.
Maquillé en mort accidentelle, de peur d'avoir sur soi l'ire de la justice dans une Italie où il n'y avait pas encore de légalisation de l'avortement, ceux-ci ne se doutent pas d'avoir appuyer sur le bouton de démarrage d'une succession de meurtres en série perpétrés par un fou habillé d'une combinaison de motard et du casque de rigueur. Visiblement, Bianchi est plus qu'admiratif du travail de Dallamano puisque son look rappelle directement le très bon La Lame Infernale. Avec un générique de début efficace et un premier meurtre sensationnel filmé de loin sans pour autant cacher l'extrême violence, tous les compteurs sont au vert.

L'heure est à la rencontre de Carlo, un photographe un poil en rut, faisant la connaissance de la très sensuelle Lucia d'une manière que pas beaucoup d'hommes n'auraient refusés. Quoi de mieux de garder contact avec elle en la faisant rentrer dans un studio de photographie de luxe où il lui promet une carrière de modèle photo. Albatros, tel est le nom de l'entreprise, va pour autant être ciblé par ce mystérieux assassin dont les motivations derrière chaque crime commis des membres du studio sont troubles. Nue pour l'Assassin n'est pas dépourvu d'un certain potentiel et il aurait pu devenir un très bon giallo s'il ne s'était pas retrouvé entre les mains d'Andrea Bianchi dont les fautes de goûts se multiplient à vitesse grand V. Filmer les travers de ce monde qui repose en grande partie sur le superficiel avec ses stars jetables est bien mais quand c'est filmé de manière aussi poussif et sans subtilité quelconque, ça casse. Les hommes du milieu passent pour des gros porcs lubriques qui voient toutes ces pin-up comme de la viande à consommer sans modération et les femmes, de leur côté, ont deux neurones qui se battent en duel et se regardent sans cesse en chien de faïence. Du cliché et encore du cliché.

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Qu'à cela ne tienne, on peut encore fermer les yeux sur un univers très sympathique mais mal exploité. Sauf que ce n'est pas le seul truc qui ne tienne pas la route. Bien au contraire ! Il ne faudra pas bien longtemps pour voir que Bianchi ne maîtrise pas un scénario qu'il n'a de toute façon pas vraiment construit. Un peu à la manière d'un réalisateur désintéressé, il ne parvient pas à intégrer un semblant de suspense dans une intrigue peu savoureuse, sans trop d'enjeux et encore moins de révélations en tout genre. Les scènes de tension, où sont-elles ? C'est d'ailleurs un miracle que l'on parvienne à arriver au bout sans 50 bâillements dans la foulée mais pour arriver à quoi ? Du vent s'achevant sur un final tout aussi plat que le reste de l'aventure qui osera intégrer des séquences connes dont celle du petit gros pleurant de ne pas savoir b**der qui en est la plus emblématique.
Alors, face à une trame narrative bateau et une enquête policière totalement inexistante, que reste-t-il à Bianchi pour essayer de faire vendre son film ? Rien ne vaut de verser dans le racolage et la saturation ad vitam aeternam de scènes érotiques dont l'omniprésence justifiera l'interdiction aux moins de 16 ans. Le problème est que le cinéaste n'a pas le sens de la pondération, tentant de reposer tout son projet sur du cul et encore du cul gratuit où les actrices se désapent autant qu'elles respirent. Au moins, les exécutions nombreuses et sanglantes relèveront le niveau.

Ce n'est pas non plus très folichon dans un visuel loin de bercer les rétines. Baignant dans le monde de la photographie, la moindre des choses aurait été d'accorder une attention toute particulière à esthétiser les décors comme un Michelangelo Antonioni l'aurait fait. En vain, rien à se mettre sous la dent, si ce n'est une image digne d'un téléfilm de France 2 un après-midi de dimanche pluvieux. Après, il faut reconnaître qu'il n'y a pas de problème dans le montage et que la caméra est habile mais bon... Exit le très regretté Ennio Morricone à la bande son pour faire place à Berto Pisano qui nous livre une composition musicale tout à fait correcte sans pour autant s'élever au niveau du Maître italien susmentionné. On achèvera le paragraphe sur un casting généralement de piètre qualité où seules Edwige Fenech et Femi Benussi se démarquent. Beaucoup des filles ne sont là que pour leur bonne loterie génétique. Quant à Nino Castelnuovo, il ne possède pas le charisme d'un George Hilton. Les autres offriront un rôle de série B. On mentionnera Solvi Stubing, Amanda, Franco Diogene, Lucio Como et Erna Schurer.

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Ce n'est pas encore aujourd'hui que je vais avoir le plaisir de ressortir du marasme que je traverse actuellement dans ma rétrospective. On m'aurait fait subir un pareil enchaînement il y a quelques années quand je n'avais pas adhéré aux codes du giallo, j'aurais probablement banni à vie ce genre. Nue pour l'Assassin, s'il est un pur giallo, ne lui fait pas honneur et crache allègrement sur son concept. Bianchi se fout ouvertement de son scénario car seuls le gore et l'érotisme le font vibrer. Or, il semble oublier qu'un film est un tout et que snober l'une des composantes les plus importantes pour verser dans le putassier ne fait pas un bon film. On reste en effet sensible à l'efficacité à la violence des meurtres et à l'étalage de beaux corps féminins mais pour quoi derrière ?
Rien, pas grand-chose. Nue pour l'Assassin est aussi superficiel que le monde de la photographie et s'il y a bien un truc que je déteste, c'est que l'on se foute éperdument de ma tronche avec des artifices aussi faciles que du sexe pour cacher une inanité scénaristique. Si Bianchi voulait en arriver à ce constat, alors tout le mérite peut lui être attribué mais nous savons tous qu'il avait autre chose en tête. Si tout du moins, il avait seulement un truc en tête en réalisant cette oeuvre sans intérêt.

 

Note : 08/20

 

Gialli restants : 3

 

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